Arche de Noé

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Le voyage inachevé du pingouin à la jungle

Il y a très longtemps, dans une mystérieuse île de glace, vivait un monsieur, un petit peu vieux quand même, avec sa femme et ses trois filles : Ahnah, Akiak et Anana. L’igloo où ils habitaient était modeste, mais l’amour des uns envers les autres était immense.  Les parents désespéraient d’avoir un garçon, et à chaque pleine lune, l’épouse plongeait dans une eau glaciale, pour purifier son ventre, et concevoir ce bébé mâle tant attendu.

Le vieux monsieur partait à la pêche chaque matin, et à chaque fois, sa femme lui recommandait de prendre l’une de ses filles avec lui, pour le prévenir au moins de la présence d’un ours, puisque sa vue commençait à se dégrader, mais il refusait. Un jour, alors qu’il pêchait, il vit un pingouin sortir d’un œuf, vite, il le ramassa, et pressa le pas pour rentrer chez lui, n’ayant rien pêché, toute la famille allait se contenter de ce petit pingouin pour le dîner. Dès que le feu fut allumé, la marmite pleine d’eau et de condiments à ras bord, le pauvre pingouin, très angoissé, dit à la bonne femme : « Pourquoi me mettre dans une marmite, alors que dans la vôtre, il y a déjà un garçon ? » Stupéfaite, la bonne femme regarda son ventre, puis releva les yeux, et s’écria : « Ma marmite ne contient que des boyaux, elle ne peut préparer un garçon, mais toi, vilain pingouin, qui oses remuer le couteau dans la plaie, je te mettrai dans la vraie marmite, et je te dégusterai jusqu’à l’os ! » « Patientez, bonne femme, et si, d’ici cinq mois, un garçon ne vient pas pour accompagner son père à la chasse ou à la pêche, mettez-moi dans votre marmite ! » Sa cadette Akiak intervint : « Mère, dans cinq mois, il sera bien gras. Il nourrira toute la famille, pendant trois jours. Si mon petit frère ne vient pas à la cinquième lune, tu en feras un bon bouilli !» La bonne femme accepta.

À l’aube du cinquième mois, toute la famille fut réveillée par un cri de nouveau-né. Et des exclamations de joie par-ci, par-là ! Le couple n’en revenait pas, après tant d’années d’attente, enfin, leur souhait avait été exaucé. Un miracle ! Et le pingouin en connaissait certainement des choses. Pour le récompenser, les parents décidèrent de lui donner l’une de leurs trois filles en mariage, et plus encore, ils lui laissèrent le choix. Il regarda Anana, la plus belle, avec des cheveux noir corbeau lui arrivant jusqu’aux genoux, des yeux immenses et bien noirs qui pétillaient tout le temps, une fine bouche rose, des mains douces, enfin, une beauté qu’aucun mâle n’aurait refusée, mais le pingouin baissa les yeux, et passa devant la deuxième, moins belle, mais très instruite, elle passait ses jours et ses nuits à la lumière d’une bougie, le nez fourré dans des livres, le pingouin n’y resta même pas le temps d’un éternuement, puis il regarda la cadette, Akiak, de petite taille, un petit peu ronde, il vit ses mains, elles n’étaient ni fines ni douces, alors il se tourna vers ses parents, et dit avec un large sourire : « C’est celle-ci que je veux pour épouse. Je partirai à la jungle, et je serai heureux qu’elle partage avec moi toutes mes aventures. » La maman refusa, déclarant qu’elle était la seule enfant débrouillarde qu’ils avaient à la maison, et que c’était elle qui trouvait solution à tout souci, quand le chef de la famille était absent. Le pingouin lui assura alors que le garçon qu’elle avait eu ferait mieux, et s’occuperait de tout le monde, comme ils en avaient toujours rêvé. Le jour même, dans une triste ambiance, la jeune mariée accompagna son mari vers la jungle en Afrique.

 Le voyage fut long, mais le plus dur se produisit dans le bateau. Les mariés, heureux sur le pont, étaient en train d’admirer le crépuscule, quand soudain, emporté par son instinct, le pingouin se jeta à l’eau. La pauvre Akiak poussa un effroyable cri, mit les mains sur ses yeux un bref instant, puis regarda, elle n’apercevait que la pointe de son bec, puis elle ne vit plus rien. Elle le crut mort noyé, et ne trouva réconfort qu’auprès du capitaine du bateau. Ils finirent par tomber amoureux l’un de l’autre, et se fiancèrent. Quand le bateau accosta, à sa grande surprise, Akiak vit le pingouin l’attendre sur le quai : « Ma bien-aimée, il fallait que je me dégourdisse les pattes, et une bonne nage a fait du bien à mon corps ! » « Partir sans rien me dire a sûrement fait du bien à ton corps, mais malheureusement va faire mal à ton cœur. Je suis éprise du capitaine. Je ne peux t’accompagner.» Triste, le pingouin s’en alla, la mort dans l’âme.

Sur son chemin, il avait perdu toute envie de se nourrir, n’avait presque plus sommeil, malgré la fatigue, et la distance qu’il parcourait. Arrivé à une chaîne montagneuse qu’il devait traverser, il fut pris dans un piège, le pauvre pingouin se débattit de toutes ses forces, mais en vain. Au crépuscule, un jeune chasseur arriva, se mit à genoux, regarda avec une grande surprise la proie et chuchota : « Tiens, je n’ai jamais vu un tel canard. » Il le prit par les pattes, et l’emmena à la maison. Ses sœurs regardèrent ce gibier, et dirent à leur frère : « Frère, depuis la disparition de nos parents, et depuis le temps que tu t’occupes de nous, tu ne nous as jamais ramené un tel volatile. » La grande sœur dit : « Nous en ferons un beau rôti, et nous inviterons même les voisins !» Le pingouin, tremblant de peur, et terrifié par ce qu’il entendait, dit : « Les disparus frapperont à votre porte pendant la pleine lune, et s’ils ne réapparaissent pas, faites de moi ce que vous voulez. » Personne ne le crut : depuis des années que les parents étaient partis pour un périple à Jérusalem, et n’étaient plus revenus, et vu les lions, les tigres, les troupes de hyènes qui peuplaient la montagne, ils n’avaient aucune chance de s’échapper. Mais la cadette les raisonna  : « La pleine lune est dans trois jours, le temps que nous préparions tous les condiments dont nous avons besoin, pour un délicieux rôti. » La troisième nuit, la famille entendit frapper à la porte. Le frère saisit une massue, et alla ouvrir, mais à sa grande surprise, il vit ses parents, vieux mais bien vivants, et des cris de joie par-ci, et des rires par-là, toute la famille était à nouveau au grand complet. La cadette regarda le pingouin, fut séduite par son charme et ses dons.  « Comment peut-il ressusciter des disparus ? » pensait-elle. Et bien sûr, personne n’osa faire rôtir le pingouin, au contraire le frère qui était le chef de la famille, lui suggéra de choisir entre ses trois sœurs une épouse, le pingouin sans réfléchir posa l’œil sur la cadette, qui lui avait épargné la grillade. La nuit même, elle fit sa valise, et accompagna son mari le pingouin.

Sur leur route vers la jungle, ils étaient très heureux d’être ensemble. Mais longeant une rivière, le pingouin, poussé par son instinct, se jeta à l’eau, la pauvre mariée cria de toutes ses forces, demanda de l’aide, un chasseur, qui se trouvait dans les parages, accourut, mais malheureusement, on ne voyait plus le pauvre pingouin. La mariée pleura à chaudes larmes, le chasseur la prit dans ses bras, la réconforta, lui assura qu’il serait toujours là pour elle, qu’il ne laisserait aucun être lui faire mal, la tristesse de la jeune épouse s’apaisa alors et ne voulut plus quitter le chasseur. Après des jours de marche, au bord de la rivière, on entendit des éclaboussures, le jeune couple tourna la tête, et à leur grande surprise, le pingouin réapparut. Mais trop tard, le cœur de sa bien-aimée était pris par le chasseur aguerri. Triste, le pingouin s’en alla tout seul vers la jungle.

Sur son chemin, il réfléchissait à la malchance qui s’abattait sur lui, à la perte de ses bien-aimées et conclut que la chance n’avait rien à voir là-dedans, mais c’était son raisonnement et ses comportements impulsifs, sans réflexion, qui lui causaient tous ces malheurs. Il se ressaisit et se jura qu’il ne quitterait plus une bien-aimée, avant de lui promettre son retour. Deux jours de marche s’étaient écoulés sans qu’il ne rencontre âme qui vive, et au troisième jour, il entendit un gémissement qui venait de loin. Intrigué, et voulant sentir la présence d’un autre être vivant, il alla voir d’où provenaient ces voix. Il trouva un jeune homme, pleurant sa nièce étendue par terre. Le jeune homme leva la tête, vit le pingouin, lui sauta dessus, l’attrapa, et dit gentiment à sa nièce : « Tiens bon, ma nièce, tu ne mourras pas de faim, tout de suite, je te fais cuire une oie, c’est bon, hein ?! » La jeune fille, belle et fine comme une branche d’osier, ouvrit les yeux et sourit. Le pingouin, tremblant de peur, leur dit : « Si tu me manges, tu seras nourri pour un jour, et la famine restera toujours à tes trousses, mais si je te montre comment te nourrir pour toujours, me libéreras-tu ? » « Ma nièce risque de mourir dans les heures qui suivent, si tu ne fais pas vite, et tu as intérêt à ne pas essayer de t’échapper. » Le pingouin apprit au jeune homme comment pêcher des poissons, comment poser des pièges, et après moins d’une heure, il y avait de gros poissons dans le filet… Le jeune homme, content de l’ouvrage du pingouin, lui demanda s’il voulait bien épouser sa nièce, au moins elle serait entre les mains de quelqu’un qui ne la laisserait jamais mourir de faim. La nuit même, la nièce partit avec son mari.

Sur la route, et à quelques heures de la jungle, le couple passa près d’un grand lac, trop profond, et une autre fois, emporté par son instinct, le pingouin sauta à l’eau sans prévenir sa bien-aimée, et sans respecter ce qu’il s’était promis… Des crocodiles affamés se jetèrent sur lui, et le déchiquetèrent…

Le pauvre pingouin, à cause de son esprit étourdi,  avait fini par perdre une troisième bien-aimée, n’avait jamais profité de la jungle comme il le souhaitait, et avait perdu la vie…

 

 

  • Auteur : Rmili Fatiha 
  • Pays de la commande : France-Bretagne
  • Date de parution : 22/04/2017
  • Thème : La conduite

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1 Commentaire

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  1. J’ai lu beaucoup de vos textes, et je vois que les morales sont pour tout le monde, adultes et plus jeunes.

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