Arche de Noé

Bibliothèque numérique

Un journaliste pas comme les autres.

Le journalisme est choisi vu le flux d’informations qui nous arrive de toutes parts : réseaux sociaux, presse écrite, journaux électroniques, etc. Aucune personne n’est visée spécifiquement. Dans tout métier ou profession, il se peut qu’il y ait des gens qui n’accomplissent pas leur devoir convenablement. L’auteur a voulu attirer l’attention des jeunes, qui vont bientôt entamer une vie active, sur la fidélité à l’esprit de son travail, que l’on soit boucher, fleuriste, président, enseignant, journaliste, etc.

 Personnages :

Véronique : Chef de projet. Bien entretenue. Âgée d’une quarantaine d’années.

Olivier Toquet : Journaliste

Nathalie : Amie de Véronique

Paumier : Voisine de Véronique

Le rideau se lève, lumière.

Véronique, la quadragénaire, entre en scène, pleine de vie, joviale. Elle court partout, prépare, chante, pense à haute voix, se regarde de temps à autre dans le miroir, très pressée. Le téléphone sonne.

Véronique : Tiens, il ne manque plus que le téléphone ! j’espère que ce n’est pas madame Paumier la bavarde, elle peut rester des heures à me parler de ses roses qui n’ont pas bourgeonné le printemps dernier, du chien de sa voisine qui lui fait les yeux doux…oh !

Elle avance énergiquement vers le téléphone, puis change d’avis

Véronique : Ah, non, je ne réponds pas ! J’ai vu hier son mari en train de tâter et d’examiner sa baguette, et si c’est pour me dire que la boulangère nous balance le pain de la veille… Je n’ai vraiment pas le temps d’écouter ce baratin ! Le pain c’est du pain, il y a bien d’autres malheureux qui seront contents de l’avoir sous la dent !

Elle s’assoit devant son écran, puis sursaute quand le téléphone recommence à sonner

Véronique : Mon dieu ! Et si c’est monsieur Toquet, le journaliste que j’attends depuis ma naissance !

Elle court vers le téléphone, pleine d’émotion

Véronique : Bonjour Monsieur, je vous attendais…. Ah, c’est toi Maryvonne…. Non, j‘ai cru que c’était madame Paumier, tu sais comment elle est, elle peut passer des heures à me tenir la jambe sur sa ménopause, sur la libido de son mari, alors que je n’ai même pas une minute à moi…

La ligne coupe, elle se hâte vers le p.c. Le téléphone recommence à sonner, elle y court.

Véronique : Oui, Maryvonne ! Je te disais… Ah, c’est vous, madame Paumier, comment allez-vous ?

Temps d’écoute

Véronique : Quoi ? Le charpentier veut se suicider ?! Comment l’avez-vous su ? Vous en a-t-il parlé ?

Temps d’écoute

Véronique : Quoi ?! Comment ! C’est parce qu’il vous a dit qu’il ne se sent pas bien ce matin que vous dites qu’il a de graves problèmes avec sa femme et va se donner la mort ?

Temps d’écoute

Véronique : Non, et pas que ça, et quoi d’autre alors ?

Temps d’écoute

Véronique : Parce qu’il vous a dit qu’il pense déménager, que vous dites qu’il va divorcer ?!!!

Temps d’écoute

Véronique : Parce qu’il vous a dit que votre maison est en plein sud, sans vis-à-vis, vous dites qu’il veut se marier avec vous ????!!!!  Mais sincèrement, madame Paumier, c’est hallucinant comme vous interprétez les propos de vos interlocuteurs !

Temps d’écoute

Véronique : Écoutez, madame Paumier, j’ai un appel urgent, je vous appellerai plus tard. Bon-après-midi.

Elle change de ligne

Véronique : Oui Maryvonne !

Temps d’écoute

 Véronique : Je ne peux pas pour l’instant, j’attends un journaliste pour une interview à propos de mon projet.

Temps d’écoute

Véronique : Eh oui, cela devait arriver un jour. Il a vu que mon projet d’édition est très intéressant, et lui donner un coup de pouce afin de le faire connaître serait une bonne chose. D’ailleurs, il va bientôt arriver, je dois te laisser, on s’appellera plus tard.

Elle raccroche, se remet à ranger la salle, minutieusement. Elle vérifie tout, arrange les tableaux accrochés sur le mur, vérifie qu’il n’y a pas de poussière dessus, va de temps à autre regarder par la fenêtre. Puis, elle se cache derrière un paravent, et sort avec d’autres habits.

Véronique : Mon dieu, je dois être présentable, c’est une photo qui sera dans le journal « Espoir » quand même ! En plus, tout le monde va me voir, et madame Paumier ne sera pas la seule à me critiquer, elle interprète tout ce qu’elle entend et tout ce qu’elle voit selon son humeur…

Elle se regarde dans le miroir et remarque que ses cheveux sont décoiffés. Elle se dirige vers le téléphone.

Véronique : J’appelle la coiffeuse. Allô, Christelle, je peux venir tout de suite pour un petit rafraichissement, et une simple coiffure ?

À l’autre bout du fil, on entend juste une voix

Christelle : Mais madame, vous n’avez pas pris de rendez-vous ?!

Véronique : Je sais, mais c’est une exception, un journaliste va arriver dans peu de temps, et je ne veux pas ressembler à une méduse.

Christelle : Un jouuuuuurnnnnnallllissste !!!! Vous ?

Véronique : Oui, le journal régional a pour devoir de soutenir les gens de la région, non ?!

Avec un ton surpris, Christelle continue

Christelle : On peut dire comme ça. Allez venez, je vais faire patienter un client.

Véronique sort de la scène, puis revient bien coiffée et bien maquillée. Elle s’assoit, regarde sa montre, puis se relève, et se dirige vers la fenêtre.

Véronique : J’espère qu’il n’a pas oublié ce rendez-vous.

Elle prend son téléphone, et compose le numéro du journaliste

Véronique : Monsieur Toquet, j’espère que vous n’avez pas oublié que nous avons rendez-vous à 15h, il est déjà 15h02

Le journaliste se manifeste au seuil de la scène, les spectateurs doivent le voir. Bien habillé, un cartable, un appareil photo professionnel. Il répond.

Toquet : Il m’a fallu les deux minutes pour garer la voiture et marcher jusqu’à votre domicile.

Elle raccroche son téléphone, le pose sur la table et se dirige vers lui.

Véronique : Ah, vous voilà monsieur, je vous attendais, asseyez-vous. Soyez le bienvenu.

Elle se tient bien droite, avec un air bien posé, lui offre  un café, pose sur la table des plats de gâteaux, de galettes, des bouteilles de jus, du thé vert, des boissons gazeuses, enfin, un grand festin.

Véronique : Ce que je tiens à vous dire tout d’abord, c’est qu’il m’arrive parfois de parler vite sous le coup de l’émotion, mais ne vous inquiétez pas, je me répète plusieurs fois, pour qu’on comprenne ce que je dis.

Toquet : Non, vous ne parlez pas vite… ne vous en faites pas, et si vraiment je ne saisis pas ce que vous me répondrez, je vous reposerai la question d’une autre manière.

Il s’arme d’un bloc-notes et d’un stylo, se sert des plats en même temps qu’il pose ses questions.

Toquet : Comment l’idée de créer ce projet d’édition vous est-elle venue à l’esprit ?

Véronique : Depuis longtemps, je fréquente les salons du livre, et à chaque fois je me demande pourquoi on n’y voit pas autant de jeunes que d’adultes. L’écriture est la traduction de l’imagination et tout le monde, petit ou grand, a un imaginaire qu’il peut nous transmettre sur papier. De plus, je voudrais faire connaître les jeunes auprès du grand public.

Toquet : Comment sélectionnez-vous le texte d’un auteur, pour décerner un prix ?

Véronique : Pour l’instant, je peux assurer toute seule ; mais dans le futur, je ferai appel à des bénévoles, professeurs de lettres. Je leur proposerai de lire ; nous discuterons sur les textes sélectionnés, et nous voterons pour ceux qui vont être publiés.

Toquet : Quel prix attribuerez-vous aux lauréats ?

Véronique : Je souhaite ne pas en parler pour l’instant.

Toquet : En poésie, les jeunes écrivent ce qu’ils veulent ou y a-t-il des conditions ?

Véronique : Pour l’instant, je n’ai pas encore installé la rubrique de poésie pour les jeunes, il n’y a que la mienne où je publie mes poésies, mais si j’en reçois, je demanderai à mon Web Master d’en créer une.

Toquet : Pourquoi tous vos textes ont-ils une morale ?

Véronique : J’ai beaucoup travaillé dans les établissements scolaires, j’ai rencontré des jeunes de familles monoparentales, des jeunes placés dans des familles d’accueil, j’ai vu des jeunes hospitalisés qui mènent un vrai combat contre la maladie, et j’ai pensé leur faire plaisir en les instruisant.

Toquet : Comment pensez-vous faire connaître ce très intéressant projet ?

Véronique : J’ai des amis dans plusieurs pays, notamment au Québec d’où je reçois beaucoup de félicitations pour ce travail que je finance seule. Pour l’instant, je compte sur les réseaux sociaux et, dans peu de temps, j’entamerai d’autres démarches.

 En posant les questions et en mangeant en même temps, le journaliste renverse sa tasse de café sur le canapé

 Toquet : Oh, désolé !

Véronique : Ce n’est rien, nous allons nettoyer ceci, et nous continuerons.

Le journaliste la regarde nettoyer et se sert en même temps, comme s’il n’avait pas mangé depuis des jours.

Toquet : Je vois que vous parlez bien notre langue.

Véronique : Nous étions occupés par vous, donc nous parlons votre langue et la nôtre, c’est une richesse, par contre vous, vous ne parlez que la vôtre.

Le journaliste pose ses questions debout, en attendant que Véronique termine de nettoyer pour se rasseoir.

Toquet : Comment allez-vous procéder avec les jeunes ? Que souhaitez-vous leur transmettre, leur donner ?

Véronique : Je n’ai pas eu la même éducation que ces jeunes, et c’est une chance. À l’époque de ma jeunesse, il n’y avait pas encore toute cette explosion technologique, nous prenions le temps de sortir avec les copains et copines, faire des fêtes. Les jeunes d’aujourd’hui sont plus stressés que nous quand nous avions leur âge… Ce que je souhaite leur transmettre à travers ce projet, ce sont les valeurs morales de la vie, les habitudes saines de la vie quotidienne, qui sont universelles et ne se démodent pas. Malgré l’évolution de la société, ces valeurs ne doivent que prospérer….

Le journaliste l’interrompt

Toquet : Ils reçoivent une mauvaise éducation ?

Véronique : Il faut comprendre les parents, les temps ont changé. Ils ont peur pour leurs enfants. Ils essaient de faire de leur mieux pour les protéger. De plus la technologie s’est imposée d’une façon omniprésente. Les parents essaient de donner le meilleur d’eux-mêmes pour ne pas faillir à leur devoir.

Toquet : Alors vous voulez dire qu’ils donnent une mauvaise éducation à leurs enfants ?

Véronique : Une éducation différente de celle que j’ai reçue : sachons que l’éducation que j’ai reçue de mes parents était totalement différente de celle que mes parents avaient reçue de leurs parents.

Toquet : Une mauvaise éducation ?

Là le journaliste doit montrer qu’il essaie de faire dire à Véronique ce qu’elle ne dit pas. Il articule d’une façon exagérée, et fait une grimace.

Véronique : Une mauvaise éducation, non, mais pas comme celle que j’ai reçue de mes parents. Les temps ont changé, automatiquement l’éducation va connaître un petit tournant, pas forcément méchant ou mauvais, mais simplement différent.

Toquet : Pensez-vous que l’écriture va apporter à ces jeunes quelque chose qui pourrait leur manquer ?

Véronique : Nous avons tous quelque chose qui nous manque, qu’on veut avoir. L’écriture permet à l’auteur de se libérer, d’inventer, de créer, de partager avec le lecteur tout ce qu’il imagine, ce qui le met en colère, ce qui le fait rire, ce qui le satisfait. C’est un moment de création. Quand un jeune crée un bel ouvrage, il peut être fier de lui ; et c’est mon but : voir dans les salons du livre autant d’écrivains jeunes que d’adultes. Et là, je vous parle des jeunes du monde entier.

Toquet : L’écriture guérit !

Véronique : Il ne faut pas employer le mot « guérir », car là je ne fais pas de thérapie. Ma bibliothèque est un lieu d’échange culturel entre jeunes et adultes. Les jeunes écrivent et les adultes commentent leurs textes. La bibliothèque n’est ni un cabinet médical ni un hôpital, c’est un lieu d’échange culturel entre les jeunes et les adultes.

Toquet : Oui, mais écrire guérit !

Véronique : C’est vous qui le dites. L’écriture est un gigantesque travail qui prend des mois. Certains auteurs ont besoin de plus d’une année, pour offrir au lecteur un vrai moment de plaisir.

Le journaliste pose son bloc-notes, demande un autre café. Il mange d’une façon un petit peu folle, comme s’il était seul chez lui, et se permet de claquer sa langue contre son palais

Toquet : Vous savez, notre journal « Espoir » est hebdomadaire, donc l’article y restera une semaine.

Véronique : Je vous remercie, c’est ce que je souhaitais.

Toquet : Cela ne vous dérange pas que je passe votre article à un journal du département voisin ?

Véronique parle toujours avec joie, bien posée, enthousiaste, enfin son rêve est exaucé.

Véronique : Non, au contraire, je souhaite faire connaître mon projet auprès des jeunes, et pas seulement, puisque la bibliothèque réunit jeunes et adultes, et si vous y arrivez, je vous serais reconnaissante.

Toquet : Vous savez que notre journal « Espoir » couvre la région et les régions voisines ?

Véronique : Je vais être en première page ?!

Toquet : Ah non, je vous mettrai sur la deuxième ou la troisième page, ça vous va ?

 Il se lève et se prépare à partir. Véronique lui offre des boîtes de gâteaux, de galettes, et le remercie. Arrivée sur le seuil, elle s’aperçoit qu’il a oublié son bloc-notes.

 Véronique : Monsieur Toquet, monsieur Toquet, votre bloc-notes !!!!!

Toquet : Ah, mais ce n’est pas si grave, j’ai tout en tête, et votre article ne sortira que dans une semaine, j’ai donc le temps de revenir goûter à vos délicieux gâteaux, et le récupérer.

Il sort, elle le suit.

Le rideau se baisse ou extinction des lumières

Véronique entre en scène avec d’autres habits, tenant un journal à la main, très heureuse.

Véronique : Tiens, voilà enfin ma photo. Je vais lui envoyer un mail de remerciements, c’est la moindre des choses quand même, il faut être courtois, pour une fois qu’on m’écoute…

Elle pose le journal sans l’avoir lu et se met devant son ordinateur, faisant semblant d’écrire au journaliste. Le téléphone sonne. Véronique se lève et décroche.

Véronique : Ah, c’est vous madame Paumier, comment allez-vous ?

Temps d’écoute.

Véronique : Non, je n’ai pas encore lu le journal, oui, mais je sais que j’y ai publié un article sur mon projet.

Temps d’écoute

Véronique : Quoi ?!!! Je suis guérisseuse ? Jamais ! Quoi ?

Temps d’écoute

Véronique : Je n’ai jamais enseigné au Québec !

Temps d’écoute.

Véronique : Je n’ai jamais dit ceci non plus !

Temps d’écoute

Véronique : Cela non plus !

Temps d’écoute

Véronique : Vous avez lu ça où ?

Temps d’écoute

Véronique : Bon, Je dois vous laisser, madame Paumier, je vais régler certaines choses.

Véronique saute sur le journal, l’ouvre, on n’entend plus que « Mince », « mais mince », « zut » « mais qu’est-ce qu’il raconte, » « je n’ai jamais dit ça ! » « il a pris ces informations d’où ? »

Elle se rassoit à son bureau et envoie un mail au journal le Sécateur, se retourne, et se dit :

Véronique : Il faut que j’aille vite voir madame Paumier, sinon, elle va raconter ces fausses informations partout dans le village, elle qui comprend de travers tout ce qu’on lui raconte, elle va croire que toutes ces monstruosités dites sur moi sont vraies, pire encore, elle va les transformer.

À la sortie de la scène, le téléphone sonne, en colère, elle revient et décroche

Véronique : Oui Maryvonne, j’ai bien vu, je n’ai jamais dit ceci !

À l’autre bout du fil, on entend une voix

Maryvonne : Mais est-ce qu’il était saoul quand il rédigeait ton article ?

Véronique : Je pense qu’il a perdu son bloc-notes et s’est contenté sur ce qui lui est resté en mémoire.

Maryvonne : Tu l’as appelé pour lui demander des explications et rectifier les erreurs qu’il a commises ?

Véronique : Je vais tout d’abord voir madame Paumier avant qu’elle ne répande les nouvelles, tu sais qu’elle n’a pas d’autres occupations.

Maryvonne : Ne te préoccupe pas des gens, ils savent très bien que tu n’as jamais été famille d’accueil, et ça serait fou de leur part de croire que tu as vécu pendant l’occupation, vu ton âge. Tu devrais être plus âgée !

Véronique : Tu as raison. Mon château de cartes a reçu une bonne rafale de vent, mais bon, tiens, je vais l’appeler, au lieu de perdre mon temps avec madame Paumier et ceux qui lui ressemblent. Je te laisse, et je te tiendrai au courant de la suite…

Véronique raccroche et compose un autre numéro.

Véronique : Oui, le journal “Espoir” ! Pouvez-vous me passer monsieur Toquet ?

Une voix à l’autre bout du fil

Toquet : Bonjour ! C’est lui-même.

Véronique : Monsieur Toquet, qu’est-ce-que je vous ai fait de si méchant pour que vous preniez votre revanche sur moi de la sorte ?

Avec un ton calme, le journaliste répond.

Toquet : Qu’est-ce-que j’ai fait, madame ?

Véronique : Pouvez-vous me dire depuis quand je suis guérisseuse ?

Toquet : L’article est bien écrit, et même mes collègues l’ont relu avant la publication.

Véronique : Oui, mais vos collègues n’avaient pas entendu ce que je vous ai dit, ils se sont basés sur ce que vous avez écrit, vous ! Dans tous mes C.V, il n’est jamais noté que j’ai fait, même une heure, famille d’accueil ! Pourquoi avez-vous alors écrit que je le faisais ?

Silence…

Véronique : Vous avez écrit que je parle couramment votre langue parce que j’ai vécu l’occupation de mon pays ! Si c’était vrai, je devrais être plus âgée, ce qui n’est pas le cas !……

Silence

Véronique : Allô ! Vous m’écoutez ?!

Silence

Véronique : Vous pouvez vérifier dans tous mes CV, que je n’ai jamais dit que j’ai enseigné au Québec ! Si j’avais vraiment été enseignante au Québec, pourquoi, me serais-je installée ici ? Vous auriez dû me poser la question : pourquoi avez-vous quitté le Québec, l’enseignement, pour vous installer ici ? Ça c’est une question de journaliste confirmé, monsieur ! Est-ce-que vous avez entendu l’accent d’une Québécoise ?

Silence

Véronique : Monsieur, je souhaite juste comprendre ce qui s’est passé, s’il vous plaît !

Silence

Véronique : Pourquoi avez-vous écrit que je guéris les jeunes ? De quoi les guérirais-je ? Il me semble que je vous ai dit que l’écriture est un moyen de dire ce qu’on pense, de relater nos mécontentements et nos joies sur papier, et les regarder d’en haut, pour un raisonnement efficace. L’écriture est un travail titanesque, pour satisfaire le lecteur, et se faire plaisir en même temps.

Enfin, il intervient

Toquet : C’est la même chose !

Véronique : C’est madame Paumier qui doit mener des conversations avec vous, pas moi ! Vous vibrez tous les deux sur la même longueur d’ondes.

Toquet : Madame Paumier, c’est votre patronne ?

Véronique : Ah non, faites-moi le plaisir d’arrêter ces idioties, vous avez saboté mon article et du coup mon projet, et vous êtes en train de me faire passer pour une débile.

Toquet : Non, non, je croyais…

Véronique : Je peux savoir pourquoi vous avez écrit que je donnerais des chèques comme prix ? Est-ce-que vous avez lu et compris ce que vous dites ?

Toquet : Mes collègues ont relu et ont vu que c’était très intéressant !

Elle lève le ton

Véronique : Mais bon sang, vos collègues n’étaient pas chez moi ! Par contre vous si, et vous avez bien vu que j’arrive à peine à joindre les deux bouts, que je vous ai parlé de mon chômage ! Mon domicile est coquet, mais rien n’évoque des moyens financiers qui  me permettraient de donner des chèques comme prix !

Silence. Véronique soupire

Véronique : Et je peux savoir, puisque je ne comprends plus rien à votre baratin, pourquoi vous avez écrit que je vous ai dit que les parents donnent une « mauvaise » éducation à leurs enfants ? Quand vous ai-je dit ça ? Est-ce-que vous comprenez ce que je dis ?

Toquet : Oui, oui

Véronique : Si je parle vite, je me répète !

Avec un ton bas

Toquet : Non, non, je vous comprends.

Véronique : Et vous avez appuyé sur ce « mauvaise éducation », comme si c’était vrai, ce que vous écrivez !

Toquet : Je l’ai écrit pour attirer l’attention des lecteurs. C’est une provocation, qui mènera un nombre raisonnable de lecteurs à consulter votre projet.

Véronique : Vous cherchez à vendre, à vous faire connaître au détriment d’une personne qui travaille dur et honnêtement, qui perd de sa santé et son argent, son cercle d’amis parce qu’elle n’a plus le temps pour personne, et qui vous a fait confiance !!!! Une personne qui a cru que vous serviez honnêtement votre profession. Vous déshonorez le journalisme en entier, à cause de votre malhonnêteté. Vous comprenez ? Non, je ne pense pas ! Il n’y a que madame Paumier qui pourrait cohabiter avec vous, et tous les gens de votre genre.

Toquet : C’est qui madame Paumier, une journaliste ?

Véronique : Quand vous avez décidé de devenir journaliste, vous vous êtes engagé directement à servir proprement votre métier. Vous n’avez pas à détourner les propos des gens pour provoquer ou vendre… Vous êtes pire que madame Paumier !

Toquet : C’est qui madame Paumier ?

Très énervée

Véronique : C’est ton …. C’est ton….. C’est ton…. Zut !

Véronique n’arrive plus à dire un mot, elle raccroche le téléphone, très en colère, s’assoit sur le canapé, Maryvonne entre sur scène, la prend dans ses bras.

Maryvonne : Ne t’en fais pas, ce sont des choses qui arrivent. Tu aurais dû te renseigner avant sur ce qui se passe dans le milieu du journalisme et sur ce journaliste qui allait t’interviewer.

Véronique : Mais il y a quand même des journalistes honnêtes, rassure-moi ?

Maryvonne : Certainement. Mais il y aussi des gens dans d’autres professions qui n’honorent pas leur engagement.

Véronique : Il m’a détruit ! Il a détruit mon projet !

Maryvonne : Il n’a rien détruit, vu le flot d’informations qui arrivent aux gens à chaque minute, ils vont tout de suite passer à autre chose.

On entend la sonnerie. Véronique crie avec énervement :

Véronique : Entrez !

Madame Paumier entre sur scène, apparemment compatissante, prend Véronique dans ses bras

Paumier : Mais pourquoi êtes-vous venue du Québec ? C’était bien d’enseigner là-bas, non ? Vous avez le droit de résidence chez nous ? Sinon, il faut que vous le demandiez, avant que vous ne soyez refoulée….

Terrassée, Véronique murmure

Véronique : Taisez-vous, madame Paumier

Paumier : Mon dieu, maintenant tout le village est au courant que vous êtes Québécoise ! On va tout de suite vous dénoncer à la préfecture et vous serez refoulée… mon dieu, je vais perdre une bonne voisine québécoise…

Véronique s’extirpe des bras de madame Paumier, et souffle

Véronique : Mon dieu, il ne manque plus qu’elle !

Maryvonne : Asseyez-vous madame Paumier, et ne vous mêlez pas de ça, ce sont des choses qui arrivent, car vraiment il y a des journalistes indignes de leur métier, et c’est comme dans n’importe quelle profession.

Véronique : Il n’y a pas que dans le journalisme qu’on trouve des gens. Quand on a un métier, on doit être fidèle à ses règles, c’est ce que j’essaie d’apprendre aux jeunes qui vont dans peu d’années nous remplacer.

Paumier : Mais il a bien accompli sa tâche, le journaliste. Tous les journaux dans le bureau de tabac du village se sont vendus en moins d’une heure ! Et tout le village ne parle plus que de vous, Véronique !

Véronique : Mon dieu, qu’est-ce que je vous ai fait pour me donner Paumier comme voisine ?

Paumier décontractée et avec enthousiasme

Paumier : Je ne vous embête pas trop, je vais m’asseoir sur la terrasse du café d’en face, tout le quartier s’est donné rendez-vous là-bas.

Maryvonne se lève

Maryvonne : Viens avec moi, ne reste pas toute seule ici. Tu vas voir, dans quelques jours, les gens vont comprendre qu’il y a des choses qui ne sont pas vraies dans cet interview.

Véronique reprend un peu son calme.

Véronique : Je ne lui en veux plus. C’est de ma faute. Emportée par mon enthousiasme, je ne me suis pas renseignée sur lui, ni sur ce qui pourrait arriver. En plus, je me suis hâtée de le remercier dans un mail, alors que je n’avais même pas vérifié si tout était écrit comme je l’avais dit.

Elle se retourne vers Maryvonne

Véronique : Est-ce que tu trouves que je parle vite ? C’est peut-être pour cela qu’il a noté tout de travers ? Pourtant, je me suis répétée plusieurs fois.

Maryvonne : Non, tu as l’impression que tu parles vite ! Et si c’était le cas, pourquoi ne se serait-il pas trompé dans tes autres propos ?! Donc c’est lui qui a fait la bêtise.

Dès qu’elles arrivent à la sortie, le téléphone sonne. Véronique court vers le téléphone

Véronique : Peut-être que c’est lui, il veut corriger son erreur.

Elle court vers le téléphone et décroche

 Véronique : Allô ! Oui, bonjour… Vous êtes journaliste au journal « Culture » …Vous voulez faire un article sur mon projet ? Oui, je veux bien, mais donnez-moi le temps de réfléchir, et je vous répondrai…. Et si jamais j’accepte, je souhaite voir l’article avant publication et signer un bon-à-tirer, c’est possible ? Non…. Vous dites que c’est une question de confiance ; et bien merci, je ne vous fais pas perdre votre temps, je ne veux pas publier d’articles chez vous…. Chat échaudé craint l’eau froide.

Elle raccroche, et toutes les deux sortent de la scène.

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Date de parution : 01/12/2017
  • Thème : Le travail
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Updated: 23/08/2018 — 09:52

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