Arche de Noé

Bibliothèque numérique

Des Mondes Perpendiculaires

Résumé :

Ce soir d’Halloween, Raphaëlle révise son BAC blanc. Mais William vient frapper à sa porte. Elle n’imagine pas une seule seconde qu’en laissant entrer un clown elle va vivre une aventure labyrinthique et angoissante.

Mme Lachaume

Professeur de Lettres.

 

 

 1.« Une soirée mouvementée »

J’étais chez moi sur mon confortable canapé en pyjama-licorne avec mes chaussons assortis, également licorne, en train de réviser mon bac blanc depuis le début de l’après-midi. Je ne m’étais pas rendue compte qu’il était déjà 23 heures. J’étais seule, mes parents étaient partis en vacances de la Toussaint, mais heureusement, pour me rassurer, j’avais mon chien Nougat et mon vieux chat Mistigri qui ronronnait paisiblement sur mes cahiers et mes feuilles éparpillées sur les coussins et le tapis.

Mon ventre gargouilla et me rappela que je n’avais pas encore pensé à manger. J’allai me chercher dans la cuisine une part de pizza que je dévorai tout en relisant une fiche de français sur Jules Verne. Nougat me fixait attentivement espérant que je lui donne un bout de pizza.

Soudain quelqu’un sonna à la porte. Qui cela pouvait-il bien être à cette heure si tardive ? Allais-je ouvrir alors que je ressemblais à une licorne ? La personne insistait, et sonna à nouveau. J’allais finalement ouvrir et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un clown tueur digne du film d’horreur « ÇA » !

« Salut, Raphaëlle ! ah la tête que tu as faite ! Mon déguisement est très réussi ! Le tien aussi d’ailleurs ! Pourquoi n’as-tu pas laissé un peu tes bouquins pour venir t’amuser avec nous ? C’est pas Halloween tous les jours !

– Tu es lourd, William ! Tu sais très bien que j’ai la trouille des clowns et que je déteste Halloween.

– « Carpe diem » comme tu dis si souvent ! Allez, si tu ne veux pas venir, moi je reste avec toi ce soir et on regarde « Labyrinthe » qui passe sur la chaîne 666… ».

Sans attendre ma réponse, Will me poussa et s’installa dans le canapé, en poussant maladroitement mes cahiers et mes feuilles. Le chat cracha un peu car il venait d’être délogé sans ménagement. Je pris Mistigri dans mes bras pour le calmer et j’allai chercher deux boissons et un paquet de popcorn. Nous nous installâmes confortablement, et je renonçai enfin à mes révisions. Nous éteignîmes la lumière et le film commença. Moi qui étais claustrophobe, j’avais un peu de mal à supporter de voir les personnages enfermés entre quatre murs. Cette impression était renforcée parce que nous avions une télévision en 3D, dernier cri de chez TV+. Alors je me blottis contre William et serrai mon chat pour m’apaiser.

Soudain j’entendis un puissant grondement de tonnerre. Prise de panique, je serrai mon chat plus fort encore. Will se moquait de moi et me traitait de peureuse quand la porte d’entrée s’ouvrit dans un grand fracas. Le vent s’engouffra dans la maison, faisant voler mes cheveux. Un éclair illumina soudain le ciel noir et les carreaux de la fenêtre volèrent en éclats. Tétanisée et fixant Will, je me sentis attirée irrésistiblement par l’écran de la télévision au moment où, dans le film, les personnages étaient en danger de mort. Je tentai en vain de m’agripper au canapé. Je me retins alors à la jambe de Will, et l’entrainai avec moi vers un gouffre effroyable…

Je sentis la langue râpeuse de Nougat sur ma joue, j’ouvris les yeux et je me rendis compte avec horreur que nous étions passés dans le film, que j’étais en pyjama licorne… Je secouai Will qui semblait sourire avec son affreux maquillage de clown. Heureusement nous étions sains et saufs avec Mistigri et Nougat, mais nous étions absolument seuls entre quatre murs…

Je sentis venir une crise d’angoisse…

                                                                                                              2. « Sans issue »

Je cherchais désespérément une sortie du regard mais aucune fenêtre, aucune porte… il n’y avait vraiment aucune issue. Juste quatre murs blancs ! Je croisai alors le regard de William qui s’exclama :

« C’est quoi ce bazar ? Qu’est-ce qui vient d’arriver ? Tu crois que… »

J’étais de plus en plus mal. Mes jambes et mes bras tremblaient, mon cœur battait à plus de cent à l’heure, j’avais mal au ventre, j’étais en train d’hyper-ventiler, j’avais besoin d’air. Affolée je me mis à secouer mon camarade et à hurler :

« On est où ? Sors-nous de là Will ou je vais mourir ! »

Il me prit dans ses bras et tenta de me rassurer :

« Bon, essaye de te calmer, il n’y pas le choix. Respire. Je suis sûr qu’il y a moyen de sortir de là !

– William tu me dis de me calmer alors qu’on est enfermés entre quatre murs, que j’ai la tête qui tourne et que je suis sur le point de m’évanouir ! Comment veux-tu que je me calme ? »

William observa les lieux attentivement et me dit soudain :

« Vide tes poches ! »

Il est vraiment débile parfois ! Cependant devant son calme et son sang-froid je repris peu à peu mes esprits, ma respiration s’apaisa. Je m’exécutai et fouillai dans l’unique poche ventrale de mon pyjama licorne. Will posait à nos pieds le contenu de ses poches et fit l’inventaire de nos possessions : 3 chewing-gum fraise-pastèque, 5 chewing-gum menthe fraîche, un paquet de mouchoirs, un téléphone chargé à 35% sans wifi et j’allais oublier : une fiche de français sur Jules Verne.

« On ne va pas aller loin avec ça ! dis-je désemparée.

On va trouver une solution. « Ça » va trouver une solution », affirma Will tout en éteignant son téléphone pour économiser la batterie.

Tout à coup il cria :

« Ah ! Raph… là… derrière toi … ». Il se mit à reculer et tomba en trébuchant sur Mistigri qui sauta dans mes bras en crachant.

Je me retournai. Je vis alors une lumière bleue dans laquelle un personnage fantomatique apparaissait, on aurait dit un hologramme. C’était un vieil homme tout ridé portant une longue barbe blanche et de longs cheveux gris. Il était difficile de lui donner un âge précis.

Son visage afficha un sourire malicieux quand il prit la parole :

« Bienvenue dans MON jeu ! La précision est une vertu, il vous en faudra pour sortir d’ici sains et saufs. Mais attention dans ce jeu vous n’avez qu’une seule vie, la vôtre : si vous mourez dans le jeu, vous mourrez dans la vraie vie. Respectez les règles que voici, dit-il en tendant l’index en direction du mur qui se trouvait derrière nous. Et maintenant je vous laisse. Au revoir… peut-être. Et bon courage ! Vous en aurez besoin. »

Le Maître du jeu disparut alors aussi soudainement qu’il était apparu. Will et moi regardâmes dans la direction qu’il venait de nous indiquer. Un texte que nous n’avions pas remarqué jusqu’ici était gravé dans le mur, nous nous approchâmes et lûmes :

1) Dépêchez-vous le jeu dure 5 heures : votre vie est en danger !

2) Soyez rapides et efficaces : les murs se rapprocheront d’un mètre toutes les heures.

3) Ne vous séparez pas !

4) N’utilisez pas les téléphones portables !

5) Ne trichez pas : les murs se rapprocheraient 2 fois plus vite !

6) Regardez attentivement autour de vous : des télés vont s’allumer les unes après les autres. Dans chaque télé il y aura une épreuve à surmonter qui vous fera voyager dans le monde et dans le temps.

7) Apprenez les consignes écrites au-dessus de la TV allumée car ce sont les indications nécessaires pour réussir l’épreuve qui vous attend. Elles s’effaceront aléatoirement au fur et à mesure que le temps s’écoule.

8) Plongez dans l’écran de télé pour accéder à l’épreuve.

9) Trouvez un manuscrit dans chaque monde. Ce manuscrit comporte un bout de l’énigme qu’il vous faudra résoudre une fois toutes les épreuves terminées. C’est en résolvant cette énigme finale que vous pourrez retourner dans votre réalité.

10) Rejoignez le lieu qui vous sera indiqué au début de l’épreuve : c’est là que se trouve le manuscrit.

11) Regagnez cette salle en revenant à votre point d’arrivée. Attention Vous aurez à affronter de terribles dangers.

12) Ne gaspillez pas les 3 possibilités que vous avez en tout de retourner dans la salle pour relire les indices inscrits sur le mur.

13) Ne perdez pas de temps le jeu commence MAINTENANT !

À peine avais-je fini de lire les règles du jeu que les murs commencèrent à s’ébranler.

« Non, non ! laissai-je échapper, impossible, c’est un cauchemar ! »

J’étais submergée à nouveau par une immense vague d’angoisse et d’incompréhension. Will me regarda d’un air inquiet. Nous étions tous les deux à deux doigts de pleurer quand apparut en face de nous un écran de télévision. Will fronça les sourcils et me dit alors :

« Écoute-moi bien, on peut y arriver, d’accord ! De toute façon si on n’y va pas, on va mourir. Allons-y vite ! Faisons comme on nous dit, on doit plonger dans cette télé, on n’a pas le temps de discuter…

– Attends, comment fait-on pour Nougat et Mistigri ?
– Prends Mistigri, moi je prends Nougat, suis-moi ! »

Avant même que je puisse réagir je vis William plonger dans l’écran. Il y eut comme un tourbillon et il disparut avec Nougat. Je serrai très fort Mistigri contre moi, je fermai les yeux et je plongeai à mon tour…

                                                                                                             3.« Un saut dans le passé »

Quand je rouvris les yeux, nous étions par terre sur des pavés sales, jonchés de détritus divers. Je crus même voir des rats au milieu des saletés ! Je me blottis contre William dont le sourire n’était que celui de son maquillage clownesque. Alors je regardai autour de nous. Tout était gris, laid, sinistre. Nous étions apparemment sur une place de village, les façades des maisons étaient délabrées et les villageois, qui commençaient à nous observer étrangement, semblaient pauvres, sales et malheureux. Un sentiment de dégoût m’envahit quand soudain William cria :

« Raphaëlle ! Rassure-moi, tu as lu la consigne avant de sauter dans la télévision ?

– Oh non Will ! Je comptais sur toi ! Je me suis précipitée derrière toi étant donné que la règle numéro 3 dit qu’il ne faut pas se séparer.

– Tu aurais mieux fait de retenir la règle 12 ! me rétorqua William visiblement énervé. Bon, à cause de toi, on a perdu une de nos trois possibilités de relire les consignes…

– Oh non, j’angoisse d’avance de retourner entre ces quatre murs blancs… » Je me retins d’en dire davantage parce que ce n’était vraiment pas le moment de se disputer mais je comptais bien ne pas me laisser faire par cet idiot.

À peine avais-je prononcé les mots « quatre murs blancs » qu’un tourbillon nous ramena à notre point de départ. William lut l’énigme :

« Auprès d’un grand homme qui a donné son nom à un collège de Riom et qui est né en 1503, trouvez le manuscrit sur lequel est inscrite la première des trois parties de l’énigme finale.»

Nous sautâmes de nouveau dans la télévision avec Mistigri et Nougat dans nos bras et nous réapparûmes sur la place du village en plein milieu des gens rassemblés. Aussitôt ils crièrent de peur et devinrent agressifs :

« C’est sorcellerie ! Qui sont ces gueux ? Regardez leur accoutrement ! On dirait des sorciers ! C’est à cause d’eux si les rats ont envahi le village et apporté la peste ! Enfermez-les dans les oubliettes du château ! »

Nous n’eûmes pas le temps de nous justifier que des gardes nous saisirent et nous jetèrent dans une cage sur une carriole tirée par deux gros chevaux noirs. J’entendis un garde crier : « Direction le château de la Roche ! Maître Hospital saura les juger. »

Nous étions ballotés de tous les côtés dans ce chariot moyenâgeux, sans aucun confort. La route était pleine de trous et de bosses. Au bout de quelques minutes j’avais déjà envie de vomir et je me retenais de pleurer. Will n’était pas plus rassuré que moi mais il me dit :

« Dis donc, Raphaëlle, le nom du collège de Riom, ce serait pas Michel de l’Hospital ? Ils ont bien dit qu’on allait voir « maître Hospital » ? Peut-être sommes-nous sur la bonne piste finalement ? »

Après un trajet qui nous parut interminable, des tours impressionnantes apparurent entre les arbres et bientôt une immense forteresse se dressa devant nous. J’étais impressionnée par cet imposant édifice. L’entrée était fermée par une gigantesque herse qui se souleva pour laisser passer notre carriole que les paysans avaient observée avec curiosité. Dans la cour du château, des gardes surveillaient chaque porte et nous ne risquions pas de nous échapper. Je n’eus pas le temps d’observer davantage les lieux car on nous fit sortir brutalement de la cage et on nous poussa sans ménagement dans des couloirs qui menaient à un cachot sombre et humide. La grille se referma dans un bruit épouvantable et je sentis que dans cette prison aux murs moisis, au sol recouvert de déchets j’allais craquer et faire une crise de claustrophobie. Soudain je poussai un cri d’horreur ! Un crâne desséché était là, par terre, dans le fond du cachot. Le chat sauta de mes bras et fila entre les grilles de la porte. Il avait vu un rat.

Quelques minutes plus tard, nous vîmes arriver le seigneur Hospital. Il tenait Mistigri dans ses bras et un rat mort par la queue.

« C’est à vous ce chat ? Cet animal est fantastique, il a tué un grand nombre de rats qui ont apporté la peste. Il nous serait d’une grande aide. Aussi j’ai décidé de vous libérer et de vous accorder une faveur.

– Oh mon Dieu ! C’est bien notre chat, mais vous, êtes-vous bien Michel de l’Hospital ? Nous avons besoin de vous pour terminer notre première quête. Avez-vous trouvé récemment un manuscrit avec un seul mot écrit ? C’est le début d’une énigme qui nous permettra de repartir d’où nous venons. »

Le seigneur était étonné de notre demande, mais il sortit d’un petit coffre un rouleau de papier abimé. Inquiets, nous le dépliâmes précautionneusement et pûmes lire alors le mot suivant : CENTRE !

Enfin nous avions un des trois mots du titre d’un roman d’aventure que nous devions découvrir.

Dès que nous eûmes prononcé le mot, nous fûmes aspirés dans un écran noir, et nous arrivâmes de nouveau dans la salle aux murs blancs pour lire la deuxième mission et trouver le deuxième mot de l’énigme.

Il ne nous restait plus que trois heures et demie. Mais nous avions désormais le droit de supprimer une des 13 règles. Will proposa qu’on efface la règle 3.

Soudain je m’aperçus que Mistigri manquait à l’appel car seul Nougat était dans les bras de William. Je n’eus pas le temps de me lamenter davantage ni de pleurer car déjà une nouvelle consigne était apparue sur le mur et William m’interpella :

« Regarde, Raph, il va falloir qu’on aille en Egypte au temps des Pharaons ! »

 

     4.« La 8ème vie de Mistigri »

Je lus l’énigme à mon tour :

« Trouvez le manuscrit sur lequel est inscrite la deuxième des trois parties de l’énigme finale. Il est accroché au cou d’un chat sacré qui veille sur le sarcophage de Toutankhamon ».

Nous sautâmes pour la troisième fois depuis le début du jeu dans la télévision, mais cette fois sans Mistigri……

Quand j’ouvris les yeux j’étais allongée sur du sable brûlant, et exposée en plein soleil. Je me redressai pour regarder autour de moi. Du sable à perte de vue. Je fus surprise par la chaleur étouffante et épouvantable qu’il faisait ici.

Will se releva à son tour, les rayons du soleil lui brûlaient les yeux mais il me fit remarquer que derrière nous, à quelques centaines de mètres, se dressait une immense pyramide devant laquelle des esclaves semblaient s’afférer à une construction :

« Raph, il faut nous rendre vers cette pyramide rapidement et nous mettre à l’ombre si on ne veut pas fondre entièrement. »

Effectivement la chaleur lui avait fait couler son maquillage de clown et il ne restait que quelques couleurs qui se mélangeaient sur ses joues.

Alors que nous marchions péniblement dans le sable en direction de ce bijou historique et que je m’empêtrais dans mon pyjama licorne, une bagarre se déclencha entre les esclaves. L’un d’eux qui échappa à la surveillance des gardes, s’approcha de nous :

« 666, Halloween, épreuves, murs blancs, c’est cela ? »

Will et moi nous nous regardâmes ne sachant pas quoi répondre. Je pris la parole :

« Oui, c’est exact, mais qui êtes-vous ?

– Ce serait beaucoup trop long à vous expliquer mais on va faire simple, je m’appelle Gaspard mais ici on m’appelle Mélomalus et cela fait bien longtemps que je vous attends. Il y a quelques années de cela, un soir d’Halloween, je regardais tranquillement le début du film Labyrinthe quand j’ai été littéralement aspiré dans ma télé. J’ai dû jouer comme vous à ce terrible jeu mais le temps s’est écoulé et je suis resté coincé ici.

– Oh, incroyable histoire ! moi, c’est Raph et mon ami, Will…

– Bon ! nous n’avons pas tout notre temps. J’ai échoué mais vous, vous devez gagner ! C’est pour cela que je vais vous aider : le manuscrit que vous cherchez est dans cette pyramide[1] mais les gardes ne nous laisseront pas entrer comme ça, la pyramide est un lieu sacré et interdit.

– J’ai une idée : Nougat peut faire diversion.

– Bonne idée Raph ! A toi de jouer, le chien ! »

Nougat courut vers l’un des gardes et le mordit au mollet. Pendant que les autres soldats essayaient de l’aider à se débarrasser de Nougat, nous pûmes nous faufiler discrètement dans la pyramide.

À l’intérieur il faisait froid, c’était obscur et surtout très étroit. Je ne me sentis pas bien et commençai à faire une crise d’angoisse. Pour me rassurer je me blottis contre Will. Devant nous se présentaient trois petits couloirs très sombres et humides :

« Il faut nous séparer ! Raph, viens avec moi, j’ai cru comprendre que tu étais claustrophobe, nous allons tout à droite et toi Will, tu pars tout à gauche.

– Mais Gaspard pourquoi pas celui du milieu ? demanda Will.

– Parce que je l’ai déjà pris quand c’était à moi de trouver l’énigme et il ne mène nulle part. »

Sans perdre davantage de temps Will, suivi de Nougat qui venait de nous rejoindre, prit le couloir de gauche, Gaspard et moi nous nous engageâmes dans le passage poussiéreux qui s’ouvrait devant nous. Une lumière s’alluma. Je poussai un petit cri. Gaspard me rassura :

« Ne t’inquiète pas ce n’est que moi, je viens d’allumer une torche. »

Nous continuâmes d’avancer entre ces murs recouverts de peintures magnifiques.

« Raphaëlle, il faut faire attention car les pyramides sont remplies de pièges… »

Je n’eus pas le temps de répondre qu’une pierre sortit de nulle part et s’écroula par terre. J’eus une énorme frayeur.

« Raphaëlle, attention où tu mets les pieds, tu as dû marcher sur un mécanisme. »

Plus loin je vis une sorte de plancher en bois :

« Attention ! Je pense qu’il y a un piège ici ! ».

Je pris une pierre qui se trouvait au sol, je la jetai dessus, c’était bien un piège car la pierre tomba dans une sorte de puits sans fond. Nous avancions depuis plusieurs minutes quand je marchai sur une dalle couleur argile et des dizaines de flèches sortirent des murs, nous eûmes juste le temps de nous jeter au sol.

Nous arrivâmes enfin dans une grande pièce, gigantesque, magnifique, bref indescriptible. Je sentis monter l’angoisse quand je vis un énorme sarcophage. Un visage en or scintillait, de grands yeux étaient mis en valeur par de grands traits bleus. La représentation de Toutankhamon1 portait les attributs de la royauté : les deux sceptres, un bâton de berger et un fléau. Il avait une drôle de barbe et une sorte de couronne avec un petit serpent et un faucon. Je me rappelai alors les cours d’Histoire-Géo de Madame Spina en 6ème : elle nous avait parlé de cette longue barbe postiche en mosaïque bleue, du Némès, cette coiffe de lin, du faucon protecteur et du serpent cobra Uraeus.

Un chat dormait sur le sarcophage, il avait effectivement un papyrus autour du cou et il ressemblait comme deux gouttes d’eau au mien.

« Ce chat s’appelle Mistigri, c’est le plus vénéré de tous ! déclara Gaspard.

– Mistigri ? Comment ? mais … ». J’étais abasourdie, j’avais toujours eu envie de croire à cette légende qui dit que les chats ont neuf vies, mais là j’avais du mal à y croire…. Mistigri, mon chat, vivre au temps des pharaons alors que nous l’avions laissé au Moyen-Age ? J’appelai quand même :

« Mistigri, Mistigri, viens par ici. »

Et le chat sauta du sarcophage et vint se blottir dans mes bras en ronronnant, c’était bien mon Mistigri.

Soudain nous entendîmes une espèce de bruit sourd s’avancer vers nous. Tout à coup je vis surgir Nougat suivi de Will qui criait :

« Prends le manuscrit, vite et lis-le ! VIIIITE! »

Je saisis le manuscrit que j’ouvris …

 

« Qu’est-ce que tu attends ? hurla Will.

– Désolée il n’y a pas l’option hiéroglyphe au lycée… »

Trop tard, une troupe de gardes surgit dans la salle et nous maîtrisa Will et moi. C’est alors que Gaspard m’arracha le manuscrit des mains et prononça à haute voix « TERRE ».

Un tourbillon nous ramena dans la salle aux quatre murs blancs, Will, Gaspard, Nougat, Mistigri et moi. Il ne restait plus qu’une heure trente mais nous avions désormais un nouvel allié qui lisait couramment les hiéroglyphes. Une nouvelle énigme apparut.

Gaspard prit la parole :

« Rendez-vous sur l’île de Robinson Crusoé pour la nouvelle énigme ».

                                                                                                              5.« Host-île »

Gaspard lut le texte de l’énigme avant que nous sautions :

« Dans une grotte, au fond d’un trou, sur l’île de Robinson, vous trouverez la dernière partie de l’énigme. »

« Robinson ? Vous connaissez ? demandai-je aux garçons.

– Non, répondit rapidement Gaspard, mais il faut y aller car nous n’avons plus beaucoup de temps et je n’ai pas envie de rester encore une fois coincé dans ce jeu ! surtout pas sur une île déserte ! »

Gaspard plongea le premier, puis Will, puis moi, sans oublier Nougat et Mistigri.

Nous atterrîmes sur le sable fin et blanc d’une petite île. Elle aurait pu être paradisiaque si nous avions eu plus qu’une heure pour en profiter. Mais il fallut oublier les palmiers, les vagues, la mer translucide bleu-azur et le soleil, et se mettre en route pour trouver ce manuscrit. J’avais quelques souvenirs de ce roman « Vendredi ou la vie sauvage » que j’avais lu en 5ème avec Madame Lachaume. Pendant que j’essayais de me rappeler l’histoire, Will et Gaspard inspectaient les alentours et m’appelèrent soudain :

« Raph ! Regarde par là-bas ! Un feu ! Allons voir ces gens pour leur demander où aller ! »

En effet, un filet de fumée noire autour de laquelle des hommes s’agitaient, attira mon attention. Soudain le roman me revint à l’esprit ! C’était un sacrifice humain fait par des Indiens cannibales ! Ils semblaient jeter dans les flammes rougeoyantes des morceaux de corps humain…

« Aahh ! des cannibales ! criai-je malgré moi et une main se posa sur ma bouche.

– Chut, Raph ! m’ordonna Gaspard, je ne souhaite pas spécialement finir comme lui ! »

J’étais horrifiée par la scène qui se déroulait sous nos yeux ! Je faillis vomir de dégoût. Même Mistigri poussa un miaulement de terreur. Je le pris dans mes bras pour le faire taire. Quelques minutes plus tard, nous les vîmes courir derrière un homme qui fuyait dans notre direction. Nous nous cachâmes derrière les buissons. Et ce fut à cet instant que je vis un vieil homme roux et barbu qui observait la scène avec une longue-vue. Lui aussi était caché un peu plus loin. Je savais que l’homme blanc allait prendre son fusil, épauler et tirer sur les poursuivants de la future victime. C’était plus facile à lire qu’à vivre ! Il s’agissait du sacrifice à l’occasion duquel Robinson avait rencontré Vendredi.

Nous étions tétanisés par la peur même si je me rappelais vaguement cette histoire étudiée en classe au collège. Cette scène me glaçait le sang et je me blottis contre Will qui n’était pas plus rassuré que moi étant donné qu’il ne connaissait pas l’histoire.

« Will ! criai-je, il faut l’aider ! Vide tes poches !

– Oui ! j’ai mon téléphone et des chewing-gums…On pourrait les éblouir avec des reflets sur la face argentée ! De toute façon il a pris l’eau, il est mort pour faire autre chose… »

Alors que je l’inclinais de tous côtés pour faire miroiter le soleil dedans et envoyer les reflets dans les yeux de ces Indiens, un coup de feu retentit dont l’écho résonna dans toute l’île. Robinson avait tiré…Un des deux cannibales venait d’être abattu. Le second, effrayé et ébloui, fit demi-tour et s’enfuit à toutes jambes. Nous n’osions toujours pas bouger et nous observions la suite des événements. Robinson sortit de la forêt et s’approcha de notre buisson.

Il était intrigué par notre présence et prit la parole sur un ton presque agressif:

« Who are you ? Where do you come from ? »

Oh non !… J’avais oublié que Robinson était natif de York en Angleterre ! Je compris immédiatement que nous ne réussirions pas à communiquer facilement…mon niveau d’anglais était assez pitoyable. Nougat, par contre, n’avait aucun souci pour prendre contact avec Tenn, le chien du naufragé. Les deux chiens s’amusaient bien ! Gaspard prit alors les choses en main car il maîtrisait bien cette langue :

« Hello ! We are here to find a manuscript in a cave. Do you know where we can find a cave in this island ? demanda-t-il en mimant ses propos.

– Why ?

– It would be too long to explain. Please, help us !

– Follow me ! répondit-il sans demander plus d’informations. »

Nous nous mîmes en route derrière Robinson et l’Indien qu’il avait sauvé. Vendredi prenait vraiment Robinson pour son dieu sauveur et restait très près de lui. Après trente minutes de marche, nous arrivâmes devant l’entrée d’une grotte. Nous y entrâmes, suivis de Vendredi. Robinson préféra rester dehors. La grotte était encombrée de toutes les affaires que Robinson avait ramenées de l’épave de son bateau : des caisses, des bouts de bois, des sacs de toile, de la vaisselle, des cordages, et des tonneaux de poudre.

« Il faut aller tout au fond, dis-je, là où Robinson se blottit dans un trou. Mais comment allons-nous éclairer ? On ne voit rien du tout là-bas ! Et puis moi, je ne tiens pas à m’enfoncer dans cette grotte, je me sens mal…

– Prends cette torche et allume-la, me répondit Gaspard qui avait toujours réponse à tout. »

Agacé par ma lenteur à m’exécuter, Will me prit alors la torche des mains et s’enfonça devant tout le monde pour atteindre le manuscrit le premier. Il le trouva rapidement, et oubliant toute prudence, le déroula pour lire le dernier mot dont nous avions besoin. Dans sa précipitation, il fit tomber la torche et les petites étincelles volèrent vers la poudre à canon…Je n’eus pas le temps d’entendre le mot de l’énigme ni de sortir de la grotte. Je me jetai à plat ventre, couvrant Mistigri de mon corps. Gaspard qui avait compris aussi, se jeta sur moi et me protégea aussi. Une énorme explosion nous assourdit et je crus bien que c’était ma dernière heure !

Après quelques minutes, je commençai à réaliser que j’étais encore vivante. J’entendais des voix lointaines : « How are you ? » « Raph, ça va ? » Puis on m’aida à me relever. Will se précipita sur moi en criant :

« C’est « voyage » le dernier mot, « voyage » ! Raph, tu entends ? On a réussi, on a les trois mots ! Centre, Terre, Voyage !

Reprenant doucement mes esprits, je commençai à comprendre la situation. Nous pouvions désormais trouver le titre d’une œuvre avec ces trois mots…Mes yeux tombèrent alors sur ma fiche de révisions de français qui gisait par terre, soufflée par l’explosion…ma fiche de Jules Verne…

« Eurékâ ! comme disait Archimède le grec ! Les gars, j’ai trouvé ! Le titre c’est…

– Chut ! me coupa Gaspard, ne dis rien tant que nous ne sommes pas tous ensemble. Rassemblons-nous à l’écart. Mistigri, Nougat, au pied ! Will, approche. Il faut se tenir la main. »

Nous étions maintenant regroupés, je tenais Mistigri, Will portait Nougat, et Gaspard avait enroulé son bras autour de ma taille. Je pus prononcer les mots magiques de notre liberté : VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE !

J’ouvris les yeux. Le générique de fin du film « Labyrinthe » se déroulait sur l’écran de ma télévision. Des livres éparpillés jonchaient le sol de mon salon. Mistigri ronronnait sur mes genoux, et Nougat dormait dans son panier. M’étais-je endormi sur mes révisions et avais-je rêvé cette aventure ? J’entendis du bruit à l’étage. Je montai l’escalier, un peu inquiète. J’ouvris la porte de ma chambre et souris : sur mon lit, Will jouait au jeu vidéo. À ses côtés, un beau garçon me rendit mon sourire, c’était Gaspard…

**Les chapitres impairs ont été rédigés par les élèves de 5èE de Mme Lachaume

Les chapitres pairs ont été rédigés par les élèves de 5èC de Mme Chardonnet          

  • Auteurs : Élèves de 5
  • Travail dirigé par : Mme Chardonnet et Mme Lachaume
  • Date de parution : 27/06/2018
  • Genre : Récit
  • Pays : France (Auvergne)

 

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5 Commentaires

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  1. Bonsoir, j’ai profité de la liesse de “vive les bleus” pour faire ma première lecture “brouillon” en version audio …. la prochaine étape pourrait être que ce soit lu et joué par les élèves eux-mêmes. Je suis éditeur de livres audio mp3. L’histoire m’a fait penser au dernier film de Spielberg qui fait référence à ses propres films en abyme …. ici je retrouvais le film de “Richard au pays des livres magiques” ou de “L’histoire sans fin” … Bastien lit le livre dans lequel il se trouve héros pour sauver Fantasia et sa petite princesse… c’est dire la belle qualité de ce texte… bravo !

    France

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  2. Un beau récit. Sûrement un grand et long travail derrière ! Merci aux adultes qui ont veillé à la réalisation de cet ouvrage. Mais les illustrations sont à revoir. J’aurai souhaité que les élèves soient accompagnés par le professeur d’arts plastiques pour réaliser les illustrations. Dans certaines images, on ne voit rien. Il ne devait pas y avoir un mélange de photos et d’images faites à la main.
    Ce n’est qu’une remarque.

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  3. Quand je choisis un roman, la première chose que je regarde, c’est le temps employé. J’aime le P.S
    S’il n’y avait pas le nom de l’auteur, j’aurais cru que c’était l’ouvrage d’un adulte.
    Un style fluide, des phrases simples, mais relatant une aventure intriguante.

    Bonne continuation

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    1. Emmanuelle Lachaume

      Merciii ! mes élèves seront très fiers de votre commentaire ! C’est vrai qu’il y a beaucoup de temps de correction et d’amélioration pour arriver à ça qui est pourtant simple vu de l’extérieur. Les élèves ne sont qu’en 5e, ils ont 12 ans, donc je les félicite quand même.

  4. Merci aux élèves des professeurs Madame Lachaume et Madame Chardonnet pour ce moment de lecture.Je reviendrai pour écrire une petite critique littéraire. Félicitations les jeunes auteurs !

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