Arche de Noé

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Amazone jusqu’au bout

 Résumé :

Le réveil est violent pour l’orpheline Astéria ce matin-là. Les Romains attaquent le camp des Amazones. Comment aurait-elle pu imaginer qu’elle aimerait un ennemi ? Comment pourra-t-elle concilier les coutumes des Amazones avec sa passion ? Choisira-t-elle la liberté, l’exil ou l’amour ?

Mme Lachaume.

Professeur de Lettres.

 

         1.« Là où tout a commencé »

J’entends la corne d’alerte retentir. Ce doit être dans mon rêve car il fait encore presque nuit. Je me retourne sur ma confortable paillasse entourée d’un voile blanc, je remonte ma couverture en peau d’ours qui me protège du froid matinal, je veux me rendormir. On me secoue, on crie mon nom : « Astéria ! Astéria ! Réveille-toi ! Les Romains nous attaquent ! »

Cette fois, je ne rêve pas, je suis bien éveillée, mes jeunes compagnes Amazones sont déjà prêtes, revêtues de leur splendide cuirasse dorée, armées de longues lances et de leurs couteaux tranchants. Ainia et Clyméné ne cessent de me secouer, me sortent du lit, et me préparent. Elles nattent rapidement mes longs cheveux aux reflets roux, placent sur ma poitrine un plastron de cuir, attachent ma ceinture ornée de rubis, nouent mes sandales à mes chevilles, et me tendent mon arc et mon carquois que j’enfile prestement. Nous filons aux écuries et enfourchons nos juments. La mienne, à la robe appaloosa, est agile, rapide et attentive au moindre de mes ordres car je la connais depuis mon enfance. Pégasa et moi sommes complices.

Toutes les Amazones du camp sont sur le pied de guerre, prêtes à mourir pour défendre notre territoire et notre liberté. Jamais nous n’accepterons de vivre soumises à des lois faites par les hommes pour les hommes et sous la domination des Romains.

« À l’attaque ! »

Ce n’est qu’en sortant du camp au galop que je m’aperçois que l’aube brumeuse s’est levée, la nuit se déchire et le ciel se zèbre de rose,  un vent glacial me fait frissonner. Je ne fais plus qu’un avec ma fière monture qui m’emporte vers la bataille. Je tire des flèches avec précision qui atteignent toujours leur cible : une tempe, une jambe, un torse, un œil, un cou…le sang jaillit mais ce n’est pas le mien, c’est celui des Romains qui meurent. Manquant de flèches, je vais même en récupérer sur les cadavres ennemis. Je n’ai pas appris la pitié, j’ai été éduquée pour vaincre et me battre, pour défendre ma vie. La légion romaine n’est pas à son aise sur notre territoire car le terrain en pente et les nombreux arbres les empêchent de progresser et de manœuvrer, et nous faisons de nombreux prisonniers. Les plus jeunes et les plus beaux seront gardés pour assurer une descendance aussi forte et aussi déterminée que nous, les autres deviendront des esclaves ou seront éliminés. C’est ainsi depuis toujours chez les Amazones. Même le légendaire et fier Hercule, qui jadis coucha avec notre reine Hippolyte pour obtenir sa ceinture d’or, faillit perdre la vie en nous combattant.

Un prisonnier romain attire mon regard : il est particulier. C’est le seul qui ose défier mon regard. Il a les yeux noirs, il semble accepter avec courage un si funeste destin et il me sourit.

Clyméné s’occupe maintenant des juments à l’écurie. Elles ont bien mérité leur foin et les soins qu’on leur prodigue. Ainia gère les prisonniers dans des grottes un peu plus loin. Je la rejoins. Elle est sur le point de refermer la porte d’une cellule lorsque je l’interpelle :

« Laisse-moi Ainia, je fermerai la cellule de ce prisonnier. A-t-il dit son nom ?

– Il a dit s’appeler Marcus Julius Caesar…»

                                     2. « La fuite »

« Marcus Julius Caesar »… Je repense à ce Romain une fois blottie sur ma paillasse. J’ai remarqué quelque chose d’étrange dans son regard, une sensation de déjà-vu. Quel est ce sentiment nouveau qui me tourmente ? L’ai-je déjà vu au cours d’une bataille ? Tout à l’heure, m’a-t-il vraiment souri ou est-ce mon imagination qui me joue des tours ? En l’observant, j’ai cru remarquer qu’il avait, comme moi, des taches de rousseur sur le visage. C’est étonnant, car je croyais que seule ma famille en avait. Je tiens les miennes de ma mère Marpessa, qui elle-même les tenait de sa mère.

Toutes ces questions me tracassent et je décide, avant de m’endormir, de me confier le lendemain à ma tante, la reine Myrina. Elle pourra certainement me conseiller et me rassurer.

                                             ♦♦

Quand l’aube aux doigts de rose se lève, je me rends au palais royal. La reine Myrina est assise sur un trône doré, incrusté de pierres précieuses. Elle porte un diadème et une robe scintillante vert émeraude accordée à la couleur de ses yeux. Je m’incline devant notre majestueuse reine dont l’autorité m’a toujours impressionnée.

« Qu’est-ce qui t’amène à moi ?

– Ô grande reine, je suis inquiète à propos d’un prisonnier romain. Son visage m’obsède, son regard doux m’hypnotise, je…

– Astéria ! Ne parle plus ! me coupe la reine. Ces sentiments sont significatifs…tu es en train de tomber amoureuse ! C’est strictement défendu par nos lois des Amazones, tu risques la peine de mort. C’est pourquoi je décide immédiatement de te protéger de ce danger mortel qu’est l’amour pour un homme. Je ferai exécuter ce prisonnier dès demain matin. »

Je sors du palais, complètement abasourdie par cette mauvaise nouvelle. Le cœur brisé, le pas lourd, je marche les yeux rivés au sol. Comment faire pour sauver Marcus sans se faire prendre ? Nous risquons la mort tous les deux si nous éveillons les soupçons. Ce garçon m’intrigue tant que je dois absolument le questionner et donc le délivrer. Ma décision est prise : nous partirons ce soir à la nuit tombée. Mes réflexions m’ont conduite aux écuries où je compte me réconforter auprès de Pégasa. Ma jument appaloosa m’entend arriver et manifeste sa joie en tapant du sabot, je lui fais part de mon plan. J’ai l’impression qu’elle me comprend car elle dresse ses oreilles blanches. Je lui donne double ration de foin parce qu’elle en aura besoin pour le long voyage qui nous attend. Après lui avoir murmuré que je reviendrai dans la soirée, je retourne dans mes quartiers pour préparer quelques affaires nécessaires. Je décide d’attendre le coucher du soleil pour délivrer Marcus.

Trois heures plus tard, dans la nuit noire que seule la lune éclaire, je me faufile jusqu’aux écuries. Il suffirait d’un bruit pour que tout tombe à l’eau ! Soudain j’aperçois une ombre entre les arbres, je me cache derrière un épais buisson : ce n’est qu’Ainia qui revient des cellules, la voie est libre.

Un tour de clé et je libère Marcus dont le regard interrogatif cherche une explication à cette libération inattendue.

«Chut ! Ne pose pas de questions, suis-moi, tu sauras plus tard…lui murmuré-je à l’oreille. »

Je siffle trois petits coups, Pégasa arrive aussitôt à pas feutrés et nous l’enfourchons rapidement, Marcus derrière moi. Nous traversons le camp silencieux et endormi, puis dès que la porte est franchie, je lance Pégasa au galop. Marcus saisit ma taille, ses mains me serrent délicatement car il craint de me faire mal. Je voudrais même qu’il me serre plus fort, mon cœur bat la chamade et ce n’est pas uniquement à cause de notre fuite.

Après une longue chevauchée nocturne, l’aube apparaît derrière les collines. Nous trouvons enfin un refuge pour nous reposer. C’est une grotte profonde, nous y entassons quelques branchages et feuilles pour dormir. Alors qu’il enlève sa tunique, il fait tomber un collier qu’il portait. Je reste stupéfaite !

Ce collier…Marcus, ce jeune soldat romain, porte une amulette avec le symbole du faucon…comme LE MIEN !

 

                              3.« L’amulette »

J‘en reste figée. Par Athéna ! Comment un légionnaire romain peut-il avoir au cou une amulette que portaient aussi ma mère, ma grand-mère et toutes mes ancêtres? Ce collier se transmet de mère en fille chez les Amazones, alors pourquoi ce garçon en aurait-il hérité? Paralysée par ma stupeur, je reste bouche bée. Je dois avoir l’air tellement pétrifiée que Marcus, inquiet, me questionne : 

« Que se passe-t-il? Tu as l’air d’avoir vu Méduse ! »

Je ne sais pas quoi lui répondre tant mes pensées sont floues et confuses. Je finis par lui dire ceci :

« Comment as-tu obtenu ce collier identique au mien ? Tu l’as volé ! lui demandé-je en colère.

– Je ne suis pas un voleur ! crie Marcus en se redressant brusquement. Cette amulette m’a été transmise par mon père qui y tenait beaucoup…

– Alors c’est ton père qui l’a volée ! dis-je à mon tour en le défiant du regard.

– Mais pour qui te prends-tu ? Je te défends de salir l’honneur de ma famille ! Il m’a confié l’histoire de cet objet. Si tu me laisses une chance de m’expliquer, on va peut-être y arriver. »

Tentant d’apaiser la tension, nous nous asseyons et j’essaie de rester calme pour l’écouter.

« C’était il y a longtemps. Mon père était un jeune homme fort qui portait courts ses cheveux roux. Il était dans la légion IV qui luttait contre les Amazones. Un jour il fut capturé puis emprisonné dans le camp des Amazones, dans ton village. Les prisons étaient surveillées par des Amazones, dont une certaine Marpessa. Il en fit davantage la connaissance au point qu’ils s’aimèrent passionnément. Malheureusement cette passion était interdite et ils eurent du mal à la cacher bien longtemps. Marpessa fut condamnée par la reine, mais avant sa mort elle eut le droit de se rendre une dernière fois dans la cellule de mon père. Elle le libéra et lui offrit ce collier en souvenir de leur amour. Mon père retourna à Rome, se maria à une femme qui ressemblait un peu à Marpessa et je suis né de cette union. J’ai donc les cheveux roux et des taches de rousseur ! »

Quelle découverte ! Je reste silencieuse, je réfléchis. La colère me submerge car je me sens trahie par mon propre peuple.

« Marcus, qui était la reine qui a condamné ma mère alors que je n’étais qu’une enfant ? Qui m’a privé de ma mère ?

– Myrina. »

Au fond de mon cœur, je redoutais cette réponse. Comment pourrais-je accepter cette idée ?

« Marcus, comment sais-tu son nom ? Tu dois te tromper ! dis-je en tremblant. »

Un hurlement de bête sauvage nous interrompt brusquement. Un hennissement inquiétant de Pégasa résonne en moi comme si la foudre de Jupiter m’était tombée dessus. En un instant, je récupère toutes mes armes et  instinctivement tous mes muscles se contractent. Je me précipite dehors pour sauver ma jument. Une épouvantable trainée de sang me guide jusqu’à elle. Des loups sauvages affamés tentent de planter leurs crocs dans la croupe de Pégasa et elle a déjà des morsures inquiétantes. Alors que je vois Marcus saisir son glaive aigu suspendu à sa hanche, et s’élancer avec fureur, une flèche mystérieuse transperce la poitrine du loup dominant. Aussitôt les autres loups s’enfuient laissant ma jument ensanglantée mais en vie ! Les larmes aux yeux, je me jette sur Pégasa et je la rassure car elle est complètement terrifiée. Je vois rapidement que ses blessures sont graves mais qu’avec des plantes médicinales que je connais, je pourrai la soigner. Durant quelques jours elle restera près de nous dans la grotte.

« Astéria, reconnais-tu ce type de flèches ? demande Marcus en me tendant le projectile qui a sauvé ma jument. »

                                4. « La mystérieuse flèche »

Je la prends en mains pour la détailler de plus près. Elle est légère mais très solide et la façon dont elle a été fabriquée me laisse sans voix. La pointe est d’or, le tube résistant est taillé dans du cornouiller, l’empennage de grandes plumes souples permet une parfaite pénétration dans l’air et l’encoche est faite avec beaucoup de précision. On la croirait sortie des forges d’Héphaïstos. Exceptées les Amazones, nul n’est capable de confectionner une telle merveille. Puis quelque chose attire mon regard : une lettre semble inscrite sur un petit faucon. Je regarde ce symbole avec plus de précision, et soudain, je suis si troublée que je l’échappe de mes mains tremblantes. Cet emblème m’est familier. Je le reconnais ! Un M sur les ailes du rapace comme sur nos amulettes !

Les larmes me montent aux yeux. Marcus me regarde, l’air intrigué, et tente de me calmer en posant sa main sur mon épaule. Je la repousse aussitôt. Ce faucon, ce M, si bien ciselés, me rappellent ma tendre enfance lorsque ma mère Marpessa taillait ses propres flèches. J’explique à Marcus les raisons de mon trouble. Il prend donc les choses en mains et me propose que nous allions à la tombée de la nuit retrouver celle qui n’est peut-être pas morte, ma mère,  mais que nous devions avant tout trouver les plantes qui soigneront Pégasa.

Pendant que je rassure ma jument et que je nettoie ses plaies, Marcus est allé  cueillir des fleurs de millefeuille, de plantain, et de la sarriette pour désinfecter. Je confectionne un emplâtre avec de l’argile et de l’eau auquel j’ajoute toutes ces plantes écrasées. Pégasa n’est pas rassurée mais elle me fait confiance et me laisse toucher ses blessures.

Nous laissons ma jument se reposer au fond de la grotte et nous préparons nos affaires pour l’expédition nocturne sous la protection de Séléné, la déesse de la lune.

« Marcus, tout est-il prêt ? Partons au plus vite pour être revenus avant l’aube. »

Nous nous engageons dans la forêt ténébreuse. La lune nous accompagne dans notre quête de ce mystérieux tireur providentiel. J’observe les traces : les pas dans la boue, l’herbe piétinée, une branche cassée. Soudain je trouve un cheveu roux accroché à une ronce ! Nous sommes certainement sur la bonne piste. L’espoir nous encourage à ne pas écouter nos douleurs et notre fatigue. La végétation devient plus dense, nous sommes comme happés par cette verdure luxuriante. Marcus met toute son énergie pour dégager le passage encombré avec son glaive aigu, éclatant et terrible. Soudain un hurlement sinistre…un loup ! Nous devons faire vite, nous n’avons aucun abri. Tous nos sens sont en éveil. Mais il est trop tard, au détour d’un petit sentier, le loup est là, qui nous fixe, les babines retroussées laissant apparaître des crocs acérés et menaçants. En un instant l’animal affamé se jette sur Marcus qui trébuche sur une racine et tombe à la renverse. Il est en danger ! Je me jette sur son glaive, et assène un coup puissant sur la nuque poilue de cette bête féroce. Le cadavre décapité tombe sur le pauvre Marcus et le sang chaud inonde son visage, tandis que la tête du loup roule à mes pieds. J’aide Marcus à se relever et à essuyer le sang qui le rend terrifiant. Une fois remis de nos émotions, nous repartons car j’ai hâte de retrouver la personne qui a tiré cette flèche que je connais si bien. Je sens qu’elle  pourrait me mener à ma mère. Enfin, après des heures de marche, nous arrivons au bord d’une clairière.

Avant de nous y aventurer, nous observons en silence les lieux car nous avons repéré de la fumée et une silhouette féminine qui s’active autour d’un feu de bois. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette femme est entourée de loups qui semblent lui obéir et la protéger.

Soudain, les dieux sont avec nous et Artémis nous aide : un nuage se déchire et laisse apparaître dans toute sa splendeur un rayon de lune. Il éclaire alors la chevelure de cette inconnue : elle est rousse comme celle de ma mère Marpessa !

                          5.« Les retrouvailles »

Pétrifiée par cette vision, je suis si stupéfaite que Marcus doit me secouer vivement pour que je reprenne mes esprits. Nous marchons face au vent afin que les loups ne nous repèrent pas. Ils ont l’air si féroces… ils ne feraient qu’une bouchée de nous. Mais par malheur, Marcus écrase une branche sèche ; un horrible craquement alerte les loups. Leurs poils sont dressés le long de leur corps et, babines retroussées, ils nous encerclent et nous menacent. Au moment où je me prépare à tirer une flèche tandis que Marcus saisit son glaive, la mystérieuse silhouette ordonne à ces cerbères d’une voix apaisante : « Du calme… »

Aussitôt ils obéissent à cette femme qui s’approche suffisamment pour que je distingue maintenant ses taches de rousseur et la tunique traditionnelle des Amazones. Elle nous sourit :

« Je t’attendais. Avez-vous sauvé Pégasa ?

– Comment savez-vous ? Qui êtes-vous ? Me connaissez-vous ?

– Déjà toute petite, tu posais trop de questions…Astéria… »

Je me jette dans ses bras qu’elle ouvre grand et nous pleurons de joie.

Marcus ne comprend rien. Devant son air ahuri, au milieu de mes larmes de bonheur, je tente de lui expliquer :

« Marcus, c’est ma mère Marpessa ! La flèche, c’était la sienne ! Je ne suis pas l’orpheline que je croyais ! C’est merveilleux !

– Marcus ? C’est un prénom romain ! Que fais-tu avec un légionnaire ?

– C’est une longue histoire… Toi aussi tu dois avoir beaucoup de choses à me raconter… »

Marpessa nous invite à nous asseoir autour du feu, les loups nous suivent et se couchent  à ses pieds. Marcus s’installe  en tailleur près de  moi et pose sa main sur la mienne, heureux de me voir si gaie.

Ensuite je demande à Marpessa comment elle a pu survivre à sa condamnation. Ma mère jette alors une nouvelle bûche dans le feu et prend la parole :

« Tu étais toute petite…C’était il y a au moins quinze ans…J’étais jeune, naïve et débordante d’énergie. Lors d’une attaque de notre camp par les légions romaines de Jules César, je me suis battue comme une lionne. Les dieux, et certainement Athéna, étaient avec moi ! Nous avions pour ordre de capturer les plus beaux spécimens de cette légion…J’ai donc jeté mon dévolu sur Lucius et quand il m’a regardé, me suppliant de l’épargner, j’eus l’impression que Cupidon s’était amusé à me transpercer le cœur d’une de ses flèches en or ! Je voulais qu’il me soit exclusivement réservé, mais ta tante Myrina en avait déjà décidé autrement. Cela m’était si insupportable que je décidai de le sauver d’une mort certaine et je lui révélai un passage secret qui conduisait directement du camp au lac. Je n’eus pas le temps de le rejoindre car j’étais allée te chercher et je fus arrêtée par mes compagnes, et aussitôt accusée de haute trahison par la reine. Parce que j’étais sa sœur et que j’avais une petite fille, toi, elle eut pitié de moi et me condamna à l’exil au lieu de la mort.

« Ma petite chérie, si tu savais tout le mal que ça m’a fait de devoir t’abandonner pour l’éternité. Je me sentais coupable, j’ai pris un petit baluchon, quelques souvenirs de toi et je suis partie vivre seule dans la forêt, en jurant que je te retrouverais un jour.

 – Je suis tellement heureuse de te revoir! C’est inespéré que je puisse te prendre dans mes bras alors que je te croyais au royaume d’Hadès, dis-je en pleurant d’émotion. »

Marcus, ému par le passé, essuie une de mes larmes et je m’aperçois que lui aussi a les yeux qui brillent. Pour cacher son émotion, il met une bûche dans le feu et une grande flamme jaillit. Soudain Marpessa fixe Marcus d’une étrange manière. Je suis son regard sans comprendre. Tout à coup je réalise que c’est son médaillon qui brille. Marcus s’aperçoit aussi que Marpessa l’observe bizarrement.

« Ce…ce… collier sculpté me vient de mon père Lucius…bégaie-t-il, il lui a été offert par une Amazone et c’était vous ! 

– Il me semblait bien aussi que tu avais un petit air de famille avec Lucius ! Tu as les mêmes attitudes pour dissimuler ton émoi. Malgré tout j’ai remarqué que vous vous aimez bien, toi et Astéria…mais il va falloir bien réfléchir à votre destin.

– On pourrait vivre à Rome ? propose Marcus. La ville est grandiose, il y a des combats de gladiateurs, on peut aller passer la journée aux thermes, on peut discuter sur le forum, on peut…

– Marcus, l’interrompé-je, tu oublies que les Amazones sont des femmes libres et guerrières, que jamais je ne me soumettrai à la loi des hommes qui nous obligent à rester à la maison et à torcher les enfants. Comment pourrais-je survivre à Rome sans ma jument, sans mes compagnes et surtout sans ma liberté ? Par contre, toi tu pourrais peut-être venir vivre chez les Amazones ?

– Toi aussi tu sembles oublier que les Romains sont des soldats au service de la puissante Rome, et que les Amazones nous tueraient sans pitié ou me réduirait en esclavage si nous y retournions. »

La situation paraît désespérée. Nous ne trouverons pas notre bonheur ni à Rome ni chez les Amazones…Marpessa, nous voyant perdus, intervient :

«  Nous pourrions rester ensemble tous les trois ! Nous ferions mieux de bâtir notre propre camp dans lequel nous accueillerions d’autres exilés ou vos amis. Nous avons tout ce qu’il faut pour une vie parfaite : des armes, des loups, la forêt, et même des chevaux…

– Des chevaux ? Nous n’avons que Pégasa ! D’ailleurs il faudrait qu’on aille la chercher !

– Ma chérie, quand j’ai sauvé ta jument des griffes des loups sauvages, j’ai remarqué qu’elle était pleine…

– Oh, mais c’est génial ! m’exclamé-je en bondissant sur mes pieds, allons tout de suite la chercher !

– Il fait nuit, c’est dangereux, nous partirons demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne. Vois-tu, je sais qu’elle nous attend. »

Je rejoins Marcus sur un lit de feuilles, je me blottis contre lui, et nous nous endormons en regardant la lune et les étoiles étincelantes…les dieux veillent sur nous.

 

Quand l’aurore aux doigts de rose apparaît, nous sommes déjà en chemin. À la grotte une drôle de surprise nous attend : mes amies Clyméné et Ainia s’occupent de ma jument Pégasa qui, sentant notre présence, relève la tête, hennit de joie et trottine jusqu’à moi.

« Ainia ? Clyméné ? Que faites-vous là ? Vous n’êtes donc pas au camp ?

– C’est devenu invivable, tout le monde soupçonne tout le monde ! Nous sommes parties ! Est-ce que vous acceptez d’accueillir deux fugitives de plus ?»

Décidément, tout s’arrange pour le mieux. J’ai retrouvé ma mère et mes meilleures amies d’enfance, nous avons sauvé ma jument qui attend un poulain, et surtout je vais vivre libre aux côtés de l’homme que j’aime.

  • Auteurs : Élèves. Classe de 5e       
  • Travail dirigé par : Mme Lachaume, professeur de Lettres. 
  • Date de parution : 28/06/2018
  • Genre : Récit
  • Pays : France (Auvergne)

 

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5 Commentaires

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  1. Bonjour, je suis fonctionnaire. Loin de l’enseignement et l’éducation, mais je tiens quand même à remercier les professeurs qui ont partagé leur façon de travailler avec les enseignants du monde entier ou du monde francophone.
    L’histoire m’a plu, je ne me suis pas arrêtée pour comprendre ou me demander ce que l’auteur a voulu insinuer par ceci ou cela.
    Pour les illustrations. Les illustrations attirent ou stimulent la curiosité de ceux qui n’aiment pas trop lire et les poussent à lire quand même et à aimer la lecture.
    Sachons que les auteurs sont des jeunes âgés entre 12 et 14 ans (je pense), je leur dit : “Bravo, vous avez fait un bon travail, continuez !”
    Pour Mme Lachaume et Mme Chaudronnet : Chapeau bas !

    Maroc

    Maroc

  2. Bonjour, c’est un texte très attractif pour le lecteur que je suis. Je dois dire que j’ai lu certains récits écrits par des auteur(e)s du circuit auto-édition qui ne sont pas de qualité égale à celui-ci.

    C’est vivant par une écriture dynamique mais le texte garde parfois un côté poétique par des phrases ciblées.

    Un volet historique en fond, une romance et une atmosphère légèrement Fantasy; le mélange ne choque pas et se lit facilement.

    Les illustrations, sont complémentaires et possèdent la qualité d’être offertes comme une cerise sur le gâteau. La netteté des images et les choix des couleurs sont des techniques qui se travaillent également.

    Globalement, c’est ce qu’on appelle « de la belle ouvrage » (du beau travail).

    Bien vu et merci pour ce partage que j’apprécie.

    France

    France

    1. Emmanuelle Lachaume

      merci beaucoup pour ces compliments et je suis contente que vous y ayiez trouvé du plaisir ! Je le dirai aux élèves ! Les illustrations pêchent un peu oui, faute de temps et faute de prof d’arts plastiques cette année…dommage.

  3. Beau récit, facile à lire, mais comme j’ai dit, les illustrations sont à revoir. Elles sont belles certes, mais ne sont pas claires. Il faut appuyer sur les couleurs.
    En tout cas, je n’ai rien à dire concernant l’écrit. Les illustrations ne sont pas médiocres, non, elles sont signifiantes, mais elles ne sont pas claires.

    France

    France

  4. Je viens de lire ‘ des mondes perpendiculaires”. Mêmes remarques : pas d’entravers, le récit se lit d’un trait tellement il est bien écrit.

    Merci d’avoir partagé avec nous votre ouvrage.

    France

    France

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