Arche de Noé

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Sophie, la princesse gâtée

Autrefois, dans le château du roi Machan naquit une petite fille que la reine prénomma Sophie. Elle était si belle, si rayonnante, si blonde qu’on la surnommait « rayon de soleil ». Et comme le soleil se faisait rare, les villageois disaient : « pourvu que « rayon de soleil » fasse sa promenade aujourd’hui, elle enverra ses rayons sur nos toits et réchauffera nos maisons ».

La petite princesse grandit auprès d’un roi qui n’arrêtait jamais de lui faire des compliments, et disait : « Celui qui épousera ma fille, rayon de soleil, doit être vraiment à la hauteur, sinon, il sera guillotiné, même s’il est roi ! ». La reine de son côté ne cessait jamais de la pouponner, de la vêtir de soie, de cachemire ; les bijoux qu’elle lui mettait venaient de Perse, d’Inde, de Chine, pour qu’aucune autre princesse n’ait de bijoux identiques. « C’est notre fille unique, tout est à elle, rien ne lui sera refusé » répétaient souvent les parents.

La petite princesse commença à grandir, et évidemment à avoir des caprices et à se considérer au-dessus de tout le monde : sa femme de chambre, sa coiffeuse, sa couturière et le ministre de son papa. Elle commença même à avoir des mots contre le roi et la reine, qui ne pouvaient la contrarier et se consolaient en se disant : « Qu’elle est mignonne notre petite princesse. Elle est plus belle qu’un rayon de soleil, un jour elle gouvernera, et prendra bien soin de ses sujets ».

Mais la situation ne fit qu’empirer. Elle se mit à prendre d’importantes décisions que seul le roi devait assumer. Elle envoyait les guerriers attaquer d’autres contrées pour rapporter les prises de guerre, faisait guillotiner des hommes sans aucune preuve de leur culpabilité, s’appropriait certains domaines et chassait les pauvres gens du royaume, parce qu’ils ne lui plaisaient pas, ou qu’elle ne  les trouvait  pas beaux .

Le roi et la reine voulurent enfin corriger leur erreur du passé, apprendre à la princesse ce qu’est la vraie vie, mais c’était trop tard. Elle était déjà  grande, ne savait rien faire que donner des ordres, qui n’étaient même pas pertinents. Elle ne pensait jamais aux conséquences, et refusait qu’on lui enseigne quoi que ce soit.

Un jour d’hiver où la basse température gelait les lacs et les rivières, elle envoya les guerriers assaillir une forteresse située à des milliers de kilomètres. Pourquoi faisait-elle cela ? Parce qu’un jour, une fête avait été organisée dans ce lieu, et on ne l’avait pas invitée… Les guerriers partirent, et vu la tempête qui s’abattit sur eux, le manque de provisions et de remèdes, certains moururent en route, les autres tombèrent malades et ceux qui étaient restés, malgré le froid en bonne santé furent faits prisonniers. Le roi Machan n’avait presque plus de guerriers pour défendre son royaume.

Un royaume riche et sans guerriers est voué au pillage. Le château fut attaqué par d’autres guerriers, plus puissants, plus forts, le roi et la reine furent emprisonnés. La princesse, parce qu’elle était jeune et belle, le roi victorieux fit une faveur : il lui accorda la tâche de superviser les dépenses des domaines, et de lui rendre des comptes chaque soir. Mais elle était incapable de le faire, car elle n’avait appris ni à écrire ni à compter. Toute jeune, elle avait renvoyé son professeur, et lui avait collé une amende, parce qu’il lui demandait de corriger ses fautes, de lire, d’écrire ou d’être un peu attentive à ce qu’elle faisait. Selon elle, personne ne devait conjuguer les verbes à l’impératif si ce n’était elle et son père, le roi.

Le roi apprit son ignorance et fut déçu, il donna l’ordre de la conduire aux étables pour prendre soin des chevaux. Les chevaux commencèrent à tomber malades et à mourir les uns après les autres. Le roi, informé de sa négligence, donna l’ordre de l’envoyer s’occuper de la volaille ;  les bêtes avaient disparu, car elle ne les surveillait pas. Elle fut alors mutée à l’atelier de couture pour confectionner des costumes pour les guerriers, et broder les nappes et les serviettes du château ; elle ne savait même pas passer un fil dans une aiguille. Elle fut conduite à la cuisine pour éplucher des patates et des carottes, elle se coupait chaque fois un doigt, car elle ne savait pas tenir correctement un couteau.

Agacé par son comportement, le roi la fit venir et lui demanda :

– Qu’est-ce que tu sais faire à part des erreurs ?

– Je donne des ordres…

– Et est-ce que tes ordres sont toujours pertinents ?

Elle baissa la tête

– Vu ma clémence, je vais te réapprendre à vivre, et quand tu auras tout retenu, tu pourras donner des ordres. Commence par bien te conduire, à te juger avant de juger les autres, à être honnête, à ne jamais vexer ou blesser personne. Pour commander, il faut avoir acquis beaucoup de connaissances, ce que tu n’as pas malheureusement.

La tête toujours baissée, elle demanda avec une voix presque inaudible :

– Par quoi dois-je commencer Majesté ?

Une question qui en disait beaucoup… Enfin, Sophie la princesse reconnut ses erreurs et accepta d’apprendre à bien se comporter…

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Illustrateur : Hamza Rholamallah
  • Date de parution : 19/03/2017
  • Thème : La vie en société
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Updated: 04/12/2018 — 12:27

1 Commentaire

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  1. Que vos parents soient directeurs, ministres ou présidents, ils le sont pour eux et eux seuls.
    Il y a plus de joie et d’INTERÊT à se construire soi même que de compter sur les acquis d’une autre personne…
    La vraie magie c’est LE TRAVAIL !

    Cameroun

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