Arche de Noé

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Un maudit trésor.

Il y a vraiment très longtemps, dans le Finistère, en France, vivaient un gentil maçon et son épouse, vieux, mais encore bien portants. Les villageois faisaient appel aux services de l’artisan chaque fois qu’ils voulaient arranger un coin de leur demeure, et cela lui plaisait bien, d’autant plus que ses enfants Éden et Adam, mariés et parents, ne lui rendaient visite que les dimanches, et juste après le repas de midi, ils repartaient avec leurs enfants, bien sûr.

Un jour, une veuve quadragénaire lui demanda de retaper l’arrière-cuisine de sa chaumière et de rénover la salle de séjour. Il ne refusa pas, puisqu’il avait besoin d’acheter du bois pour l’hiver, et d’ailleurs, un peu d’argent est toujours bienvenu. Mais cette fois-ci, les choses ne se passèrent pas comme tout ce qu’il avait pu vivre durant son existence. En creusant le fond de la cheminée, il découvrit une centaine de pièces d’or ! Un trésor ! Content de cette trouvaille, il décida de s’en emparer, sans en parler à la propriétaire…

Une fois rentré chez lui, il les montra à son épouse, à Éden, à Adam, leur demanda de bien garder le secret, puis les planqua dans le fond de l’armoire. Chaque matin, dès qu’il ouvrait les yeux, il sautait de son lit, sortait son pactole, le regardait, le touchait, le caressait, et parfois l’embrassait, puis recachait le tout en s’assurant que personne ne s’en était aperçu. Même les dimanches, quand Éden, Adam et leurs enfants venaient manger à la maison, leur discussion tournait durant tout le repas autour de ce trésor. Très ambitieux, le vieux maçon, encore bien en forme, multiplia les rénovations dans les maisons, croyant qu’il en trouverait encore et encore. Mais à force de travailler, et de ne plus s’occuper que de ses pièces d’or, il attrapa une maladie incurable, et mourut peu de temps après la découverte du trésor.

La veuve du vieux maçon, effondrée par la perte de son époux, et ne voyant aucune utilité à un trésor, s’il n’était même pas capable de redonner la santé, le mit dans un sac, et le posa dans le grenier. Mais le fils Adam n’avait d’yeux que pour cet or, encore pire, il le voulait pour lui seul, et n’envisageait même pas de le partager avec sa sœur, légitime héritière.

Et ce que j’avais prévu arriva. Un jour où sa mère était hospitalisée, Adam récupéra la clé de la maison, fouilla partout, jusqu’à ce qu’il l’eût trouvé, et s’en empara. Éden avait beau lui répéter que ce qu’il faisait était injuste, qu’elle voulait sa part, mais en vain, il lui répondait tout le temps qu’il avait planqué cet argent hors du pays, et qu’il était impossible de le récupérer ou d’en tirer la moitié, pour lui rendre ce qui lui était dû. Le gendre, voyant sa femme démunie, se mêla à l’affaire, et commença à revendiquer les droits d’Éden. Les repas de famille finissait toujours par des altercations entre les deux hommes.

Éden et son mari commencèrent à nourrir une haine sans limites envers Adam, en le voyant vivre dans l’opulence, alors qu’eux tiraient le diable par la queue. Ils eurent alors une idée fatale, et décidèrent de procéder de la même manière que leur proche : de pénétrer dans la maison, fouiller partout, et récupérer leur part du butin. Une nuit, le mari d’Éden s’infiltra dans la demeure d’Adam, commença à chercher, mais malheureusement, les choses ne se passèrent pas comme prévu. Très fâché de ne rien trouver, le mari décida de venger sa femme. Il tua alors son frère dans son sommeil ; de plus, emporté par la rancune, il tua sa femme, son fils, sa fille et leur chien. Enfin, il extermina toute la famille.

Le Finistère entier fut mis au courant de ce carnage, tout le monde se méfiait de tout le monde : « Un criminel vit parmi nous, mais qui est-il ? » se demandait la population, très inquiète. Enfin, chose surprenante, l’assassin était un homme ordinaire, gentil, serviable, sans histoires, mais un individu fragile, faible, qui se laissait commander par son ressenti. Le tueur fut capturé ; sa femme, accusée de complicité, n’échappa pas à la sanction.

La vengeance qui les avait poussés à commettre l’irréparable était assouvie mais leur cœur était vide. La rancune qui les motivait était étanchée… Il ne leur resta alors plus qu’à penser et repenser à leur geste irrémédiable.

Lors de leur jugement, très calmes, ils avaient avoué que la rancune qu’ils ressentaient envers Adam les avait conduits à échafauder de sombres desseins, les avait affaiblis, qu’ils l’avaient écoutée et avaient commis l’irréparable. Mais la justice ne pardonne pas aux faibles d’esprit, ils furent condamnés à passer des années en prison. Pendant cette longue période, ils ne verraient plus leurs enfants grandir devant leurs yeux, ne pourraient jamais être présents, quand ces derniers tomberaient malades ou quand ils auraient vraiment besoin de leur présence, car malheureusement, ils seraient en train de purger leur peine… Et même sortis du pénitencier, ils seraient toujours emprisonnés par leur acte, injustifiable, inqualifiable, leurs enfants ne seraient jamais fiers d’eux, et souffriraient en silence… Éden et son mari n’avaient pas tué seulement un ennemi, non, ils avaient brisé leur avenir et celui de leurs enfants… Dans tout conflit, il y a un juge, un avocat et des lois… Il ne faut jamais se laisser emporter par la vengeance, qui fait des dégâts dans les deux camps…

J’ai relu le conte pour le peaufiner, et j’ai découvert que c’est la vengeance, l’injustice qui sont maudites et non le trésor… Je décide de ne pas changer le titre.

                                                             Inspiré de faits réels

 

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Date de parution : 19/10/2017
  • Thème : La vie en société              
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Updated: 23/08/2018 — 08:29

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