Arche de Noé

Bibliothèque numérique

Toumani

Loin, très loin dans le temps, vivait un père avec ses onze enfants et leur mère. Ils étaient nombreux, mais très heureux. Les grands s’occupaient des récoltes et de la chasse, les plus jeunes jouaient dans les champs, et les parents passaient leur temps à admirer leur progéniture. Le soir, ils se réunissaient autour d’un bon dîner avant d’aller se coucher.

Toumani, le plus jeune des enfants, était très intelligent, sage, habile, mûr pour son âge, et je vous confie qu’il me manque beaucoup de mots pour qualifier ce garçon. Il ne passait jamais inaperçu. Les gens des environs l’appréciaient beaucoup, lui demandaient son avis sur ce qu’ils entreprenaient, et lui confiaient leurs secrets. Ses parents étaient fiers de lui, et plus précisément son père, qui ne prêtait presque plus attention à ses autres fils. Il le surveillait tout le temps, lui défendait de s’éloigner de la maison, et ne craignait plus que sa perte. Enfin, il lui vouait un amour et une affection particulière.

Les frères devinrent jaloux, et ne supportèrent plus Toumani. Un jour, le plus grand dit à ses frères :

– Quoi que nous fassions, notre père n’a d’yeux que pour Toumani.

– Il ne nous écoute plus, dit un frère.

– Et il nous ordonne toujours de suivre les conseils de notre petit frère, sous prétexte qu’il a plus de connaissances que nous tous, dit un autre frère.

– Comment récupérer l’amour et l’attention de notre père ? questionna le plus grand.

– Il faut que notre père ne voit plus Toumani, répondit l’avant dernier.

– Comment, alors qu’il est toujours derrière lui ? demanda un autre frère.

– J’ai une solution, écoutez bien, suggéra l’aîné

Le lendemain, le père se leva avec un pincement au cœur et un immense chagrin. Il ne voulut rien manger. L’aîné vint le voir et lui dit :

– Père, nous autorisez-vous à emmener Toumani avec nous à la chasse ?

– Non, j’ai peur qu’il s’égare ou que le loup le dévore… pauvre petit, dit-il en regardant Toumani.

– Comment voulez-vous que le loup s’approche de lui alors que nous sommes nombreux à le surveiller, père ?!

– Je crains que vous envisagiez de le faire disparaître… dit-il tristement.

– Faites-nous confiance père. Laissez-le sortir un peu de votre giron. Permettez-lui de découvrir les élans de la chasse, de s’entraîner à l’arc, et de s’approcher du gibier.

Et ils prirent Toumani avec eux.

Pendant la chasse, le jeune garçon jouait, façonnait des guerriers et des chevaux avec de l’argile. Quand la chasse fut terminée, le grand frère s’approcha de lui, le saisit par les bras, lui arracha son vêtement et s’apprêta à l’égorger. Le plus jeune, ne pouvant voir le sang de son frère gicler, l’arrêta en proposant :

– Jetons-le dans un puits, pour que notre père ne lui trouve aucune trace.

Toumani fut balancé dans le premier puits, qu’ils trouvèrent sur leur chemin, et rentrèrent chez eux au galop. Dès que le père les vit arriver sans leur petit frère, ses yeux larmoyèrent et il leur dit : « Vous avez pu lui faire ça ? Mon cœur restera à aimer mon petit Toumani, malgré votre complot ». Ils lui répondirent tous à la fois : « Non père, ne nous préjugez pas. Il a été dévoré par le loup, et regardez son vêtement, il est trempé de sang ». Le sang d’une gazelle, qu’ils avaient chassée.

Un vieil homme, une vieille femme et leur proche empruntant le même chemin, passèrent près du puits, entendirent l’appel au secours de Toumani, et descendirent vite un seau pour le remonter. Le pauvre garçon fut sauvé. La femme très heureuse de cette trouvaille dit à son mari : « Le ciel nous a enfin envoyé un enfant. Il sera notre fils »

Toumani grandit dans une maison sobre mais, encore une fois, entre un père le comblant d’amour et une maman l’entourant d’affection continuellement. Les années s’écoulèrent, Toumani grandit, devint plus sage, et comme il était intelligent, très honnête, de confiance, le roi le fit venir dans son palais, et lui demanda de veiller sur les trésors, les récoltes et les vivres du royaume. Il devait partager équitablement les céréales entre les sujets.

Un jour qu’il supervisait le partage des céréales, il vit et reconnut ses frères attendre leur tour pour se ravitailler. Il s’approcha d’eux, et demanda :

– Pour qui ces provisions ?

– Pour notre père et nos frères, seigneur.

– Et pourquoi votre père ne vous a-t-il pas accompagnés ?

– Il a perdu la vue, seigneur.

Le cœur de Toumani se serra, mais il continua :

– Pourquoi a-t-il perdu la vue, n’y a-t-il pas de remède ou un toubib pour le soigner ?

– Il a beaucoup pleuré feu notre petit frère, et il refuse de se faire soigner.

– C’est malheureux !

– Oui, seigneur, notre père dit qu’il ne veut plus rien voir, si sa vue ne peut admirer le beau visage de notre petit frère.

– Qu’est-il arrivé à ce « votre petit frère » ?

– Le fait date de plusieurs années. Nous regrettons notre comportement, mais la haine nous a aveuglés.

– L’amour a aveuglé les yeux de votre père, et la haine vous a aveuglé le cœur. Allez chercher votre père !

– Il nous faudra des jours pour faire un aller-retour, et puis, notre père refuse de sortir et de voyager.

Là, Toumani enleva sa cape, la tendit à l’aîné qui l’avait balancé un jour dans le puits, et lui demanda de la mettre sur les yeux du père, s’il tenait vraiment à recevoir les vivres dont il s’occupait.

Les frères ignorant que c’était Toumani, repartirent, et lorsque que l’aîné avança vers son père, la cape dans les mains, le père sourit et dit : « Je sens l’odeur de Toumani. Oui, son odeur me remplit les narines ». Et au moment où il mit la cape sur ses yeux, le père versa de chaudes larmes, puis enleva la cape, la serra, et une lumière apparut devant lui… Il se remit à voir. Il se leva comme un jeune cavalier, et se précipita en annonçant : « Je vais chercher mon fils Toumani. Oh mon fils, si tu savais combien j’ai souffert, combien j’ai prié pour te retrouver ». Ses fils essayèrent de le retenir, lui assurant que le seigneur des récoltes n’était nullement leur frère, mais en vain, le vieux père se lança comme une fusée.

Le père, suivi par ses autres enfants arriva à destination. Il serra son fils dans les bras ; Toumani ne tarda pas à demander des nouvelles de sa mère, déçu, le père l’informa qu’elle n’avait pas supporté son absence, s’était affaiblie jour après jour, et s’était éteinte comme une bougie. Les frères abasourdis par la réapparition de Toumani, demandèrent pardon à leur père, s’excusèrent auprès de leur frère. « Ne vous laissez jamais emporter par la haine, la méchanceté et la jalousie. Vous devez les vaincre, car vous faites du mal aux autres, mais vous vous faites mal en même temps sans vous en apercevoir. C’est vous qui serez perdants en fin de compte, car l’amour et la paix finissent toujours par gagner » leur dit Toumani avec sa sagesse habituelle.

Le jour des retrouvailles, j’étais là, en train d’attendre mon tour pour me ravitailler. Il était si beau Toumani, si charmant, si gentil. Il m’avait invitée à partager avec eux leur repas, mais j’avais refusé gentiment, et j’étais partie faire mes courses dans un centre commercial, car il fallait les laisser en famille, sûrement, ils avaient beaucoup de choses à se raconter… 🙂

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Date de parution : 19/03/2017
  • Thème : La famille
Vous avez aimé ce texte, partagez-le !
FacebookTwitterGoogle+
14+
Updated: 23/08/2018 — 08:25

Laisser un commentaire

Copyright © 2017-2018 . N° ISSN : 2554-7178 Chartes Infos légales Politique de confidentialité
error: Contenu Protégé !!