Arche de Noé

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L’homme à la cape de laine

Sur sa route à Jérusalem, un homme grand, aux épaules larges, aux cheveux longs, aux luisants yeux, s’arrêta au pied d’une cascade, sortit de son sac un morceau de pain,  de sa poche sa gourde remplie d’eau et entama son déjeuner. Soudain, il entendit des cris, et tourna la tête. C’était un jeune aventurier, qui se débattait pour ne pas se laisser emporter par le courant. Le grand homme se leva et plongea pour le secourir.

Ils regagnèrent le rivage, l’homme à la cape de laine rompit un morceau de pain, et le tendit au jeune aventurier. Après avoir mangé, le jeune voulut accompagner son sauveur, cet homme calme et au regard mystérieux, mais il refusa parce qu’il n’aimait pas être dérangé. Le rescapé lui promit qu’il se tiendrait coi, ne parlerait jamais et lui faciliterait toute tâche. Il accepta.

Sur la route, ils arrivèrent à la mer, où ils virent un navire accoster. L’homme à la cape de laine attendit la nuit, monta sur le pont et commença à mettre toutes les marchandises à l’eau, en demandant à l’aventurier de l’aider. Stupéfait, celui-ci lui demanda : « Comment osez-vous ? » L’homme grand ne répondit pas et continua son labeur. Il se hâta de lancer par-dessus le bateau tout ce qu’il trouvait. L’aventurier lui cria : « mais vous rendez-vous compte de ce que vous êtes en train de faire ? » L’homme à la cape de laine se retourna alors et lui dit : « N’ai-je pas refusé que vous m’accompagniez ? »

Ils arrivèrent aux abords de pâturages qui s’étendaient à perte de vue ; là, ils aperçurent un petit berger au beau milieu d’un très grand troupeau de moutons. L’homme à la cape de laine avança, saisit par les cornes deux grands moutons, les tua, et demanda à son compagnon de les enterrer. Il refusa en criant : « Pourquoi, avez-vous tué des moutons qui ne sont pas à vous ? Pourquoi n’avez-vous pas demandé la permission au berger ? Pourquoi les avez-vous sacrifiés, si vous n’allez même pas les consommer ? » L’homme à la cape de laine comme à son habitude déclara : « Ne vous ai-je pas défendu de venir avec moi ? ».

L’aventurier se tut, et ils reprirent leur chemin. Lorsqu’ils arrivèrent à un village, ils furent accueillis comme des rois. L’homme à la cape de laine fit le tour du village, et arrivant près d’un mur sur le point de tomber, demanda aux villageois de l’autoriser à le renforcer, pour qu’il ne s’écroule pas. Ils acceptèrent. Dès qu’il termina, il les remercia et fit signe à son compagnon de le suivre pour s’en aller, ce dernier s’exclama une autre fois : « mais vous pouvez demander des pièces en or ou en argent pour le travail que vous avez fait ? Personne ne voudrait faire ceci sans récompense ! » L’homme à la cape de laine, calme comme à son habitude lui répondit : « Ne vous ai-je pas recommandé de ne pas me suivre ? »

Ils reprirent leur chemin. Après quelques jours de marche, l’homme à la cape de laine s’arrêta au bord d’un mince cours d’eau, qui arrosait les champs d’un petit village. Il prit un outil et demanda l’aide de son compagnon pour le détourner. Celui-ci ne pouvant s’empêcher de dire ce qu’il pensait, cria : « Mais que vous ont-ils fait ces pauvres gens ? Ne pouvez-vous pas les laisser bénéficier de cette irrigation naturelle, au lieu qu’ils se déplacent pour chercher de l’eau sur leurs ânes, leurs mulets ou leurs vaches ? »

L’homme à la cape de laine leva les yeux vers son compagnon et lui dit : « Vous ne m’accompagnerez pas ; mais en récompense de l’aide que vous m’avez accordée, je réponds à vos questions. J’ai jeté les marchandises par-dessus le bateau, car il y a dans ce village un tyran, qui s’appropie tout ce que contient chaque bateau, qui accoste dans son village, et il avait prévu de  prendre toutes les marchandises de celui-ci. Quand il ne trouvera rien, et repartira, les marins pourront récupérer leurs caisses. Elles sont juste à deux mètres de la surface de l’eau. Au-dessous du mur que j’ai renforcé, se trouve un trésor, qui appartient à deux petits orphelins, je l’ai rebâti pour que personne ne le leur prenne. Dans quelques années, le mur va s’écrouler et les deux enfants auront grandi, et seront capables de défendre leur bien. Les moutons que j’ai tués, avaient une maladie contagieuse, le pauvre petit berger allait perdre tout son troupeau, si je les avais laissés. Le ciel est bien chargé, et le petit ruisseau va déborder sur les potagers de ces pauvres gens, si je ne détourne pas son cours »

L’aventurier resta bouche-bée pendant un moment, puis pria l’homme à la cape de laine de le garder avec lui, et lui promit une nouvelle fois qu’il ne poserait plus aucune question. L’homme à la cape de laine refusa en lui disant : « Celui qui faillit à son engagement une fois, peut faillir une autre fois. Tu ne m’accompagneras pas ».

 

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Date de parution : 19/03/2017
  • Thème : Le bon comportement
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Updated: 23/08/2018 — 08:05

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