Arche de Noé

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Le prix du mensonge

Sur une planète insolite où dans le ciel brillaient deux soleils, l’un montant de l’est pour se coucher à l’ouest, et l’autre montant de l’ouest pour se coucher à l’est, vivait le coq Banquiva avec sa progéniture. Ils étaient heureux, passaient parfois les nuits à la belle étoile, car sur cette planète, le printemps constituait la seule saison, et les nuits étaient plus blanches que les jours, vu la taille des étoiles, un petit peu plus massives que notre Lune.

Dès que le soleil de l’est envoyait ses premiers rayons, Banquiva sautait de son lit, que nous appelons, nous les Terriens, « le nid », tout souriant, picorait quelques graines d’avoine, et se perchait à la cime du cerisier, le plus proche de son domaine que nous nommons, nous, Terriens,  « la basse-cour », battait deux ou trois fois des ailes, s’étirait, et lançait dans sa langue de volatile : « Coooocccooooorrriiiiiccccoooooo ». À cet appel, madame poule se levait, réveillait tout d’abord les tout-petits, que nous appelons, nous les Terriens, « les poussins », car il leur fallait toujours beaucoup de temps pour se lever ; et passait, la douleur au ventre, dans l’autre pièce, pour réveiller les plus grands, et puis, avec un  « cotcotcotcot », totalement différent de celui de son mari, elle se précipitait, puis s’installait sur un beau tas de foin, vraiment douillet, pour mettre au monde un autre bébé, car l’épouse de Banquiva donnait chaque jour naissance à un nouveau-né, ce que nous appelons, nous les Terriens, « un œuf », et nous disons aussi « pondre » au lieu de « donner naissance ».

Parmi ses adolescents, il y avait Gallus le Grand, le plus âgé de la fratrie. Il prenait souvent des initiatives, décidait des choses, sans demander l’avis de qui que ce soit, était souvent sûr de ce qu’il entreprenait, et les parents lui conseillaient de ne pas trop prendre de risques. Quand il voulait sortir, madame la poule le suivait jusqu’au seuil du portail, et lui répétait la même chose : « Fais attention à toi, ne t’approche pas de ceux qui ont quatre pattes, des poils, une queue, des oreilles, il y a des carnivores dans les parages ; aussi ne fréquente pas ceux qui ont des mains et des pieds, ceux qui n’ont pas de crête,  prépare-toi toujours à t’envoler, si tu en croises un, les ailes sont faites pour ça ! » Il se retournait, la regardait paisiblement, souriait, et lui demandait gentiment de fermer le portail derrière lui.

Dans ses promenades, il allait voir ceux que sa mère l’empêchait de voir, comme le renard, et sincèrement, je ne saurais vous dire pour quelle raison il faisait cela. Le soir, quand il rentrait au bercail, ses parents lui demandaient comment s’était passée sa journée, s’il avait croisé un prédateur ; il leur répondait qu’il n’en avait jamais vu un de toute sa vie. Les parents finirent par le croire, et ne lui posèrent plus de questions.

Les jours s’écoulèrent, et le renard attendait chaque matin l’arrivée du jeune coq, Gallus le Grand. Ils se promenaient tous les deux, passaient dire bonjour aux fouines, croisaient des chiens errants, des furets, s’arrêtaient pour discuter un moment avec eux, et à tous, le renard disait : « Gallus est à moi, aucun ne s’en approche ! » Interpellé par ces propos, le jeune coq demanda au canidé la raison pour laquelle il répétait la même chose, chaque fois qu’ils croisaient un autre animal ; le rusé fit la sourde oreille.

Pendant leur longues balades, le renard se forçait à avaler les fruits qu’il trouvait par terre, prétendant que c’était son repas favori ; Gallus ne le croyait pas trop, mais laissait les choses aller, au lieu de les mettre au point, et de prendre une décision radicale. Un jour, lors d’une promenade, le renard fut trahi par son instinct, et sauta sur un oisillon tombé de son nid ; le jeune coq s’exclama, dégoûté : « Mais, tu m’as dit que les fruits étaient ton repas préféré ?! » Le goupil, pris de court, posa la frêle créature par terre, et expliqua qu’il l’avait saisie dans sa gueule pour la remettre dans son nid, et lui demanda d’aller chercher un rondin pour se hisser, et rendre le volatile à sa mère.  Après que Gallus eut tourné les ailes, le renard dévora la petite bête.  À son retour, le rondin sur le dos, il constata que la gueule du renard était tachée de sang… Le jeune gallinacé s’inquiéta, et le rusé goupil trouva vite la parade. Il expliqua que l’oisillon était blessé en tombant de l’arbre, ce qui lui avait laissé des traces de sang sur la gueule, et qu’il avait réussi à s’envoler. Le jeune coq n’était pas dupe à ce point-là, mais ne voulait rompre sa relation avec son compagnon.

Un jour, le renard lui dit : 

Depuis longtemps nous sommes amis, et je ne sais même pas où tu habites. 

– J’habite chez mes parents.

– Et où habitent tes parents ? Car madame renarde craint que vous n’habitiez au coucher de l’astre qui se lève le premier. Il y a des rapaces à cet       endroit.

– Non, j’habite au coucher de l’astre qui se lève le second.

– Donc, tu habites au lever du premier soleil ? s’assura le rusé.

– 

Dès que Gallus rentra à la maison, madame poule s’approcha de lui, avec un pincement au cœur, et lui demanda, comme elle le faisait autrefois, s’il avait croisé ceux qui ont quatre pattes. Il lui répondit, avec son calme habituel, qu’il n’en avait jamais vu un de toute sa vie. À peine eut-il terminé sa phrase, qu’une meute de renards dévasta le poulailler, commença à dévorer les plus grands, puis prit les petits pour dessert. Gallus essaya de s’échapper, mais son ami le renard l’attrapa par la crête, et n’en fit qu’une bouchée.

 

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Date de parution : 15/11/2017
  • Thème : La vie en société
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Updated: 23/08/2018 — 08:19

1 Commentaire

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  1. Je sors d’une mauvaise expérience. Il faut rester vigilant, et ne jamais avoir des amis qui mentent.

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