Arche de Noé

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Un journaliste pas comme les autres

Enfin le jour J ! Un journaliste va venir chez Véronique pour l’interviewer sur son projet. Un projet qu’elle considère énorme. Et depuis le temps qu’elle travaille dessus, sans relâche et seule, elle mérite bien être interviewée ! Surtout qu’elle fait tout ceci pour la bonne cause : créer un espace gratuit d’échange culturel entre les jeunes et les adultes.

Il sera là à 15h. Véronique a encore le temps de préparer, de se préparer pour se présenter dans le statut digne d’un chef de projet. Oui, elle est éditrice. Il va venir chez elle, le journaliste ! Vite, elle prépare un gâteau, ce n’est pas suffisant, elle en prépare un autre, puis un autre, et puis un autre, elle regarde la table, non, ce n’est pas suffisant, vite, des galettes, oui des galettes délicieuses, typiquement du pays… Elle veut l’accueillir comme il se doit. Tout est prêt, elle monte à l’étage, se change, vite elle se regarde dans le miroir, quelques rides sont apparentes, mince, elle doit les maquiller, plutôt les camoufler, car il va la prendre en photo. Ô, mon dieu, ses cheveux… Oui, ses cheveux sont presque « en pétard », comme disent les enfants. Elle prend le téléphone, le cœur palpitant d’émotion et appelle la coiffeuse. Cette dernière lui répond : « Mais madame, vous n’avez pas pris de rendez-vous ! » « C’est une urgence, madame, s’il vous plaît, mes cheveux sont en pétard, et un journaliste va venir dans peu de temps chez moi, faites quelque chose, une exception, s’il vous plaît » « Un journaliste ! Vous ? » « Euh, oui, moi ! » La coiffeuse commence à baisser le ton, Véronique sent qu’elle aimerait bien en savoir plus pour en parler à ses collègues et à ses clientes aussi… Et pourquoi pas, cela créera une ambiance dans le salon, un tue-routine, car dans le petit village de Véronique, il ne se passe pas grand-chose, à part les sirènes des ambulances qui font à longueur de journée des allers-retours de la maison de retraite à l’hôpital et vice-versa. La coiffeuse finit par accepter Véronique sans rendez-vous : probablement, elle meurt de curiosité, mais n’ose pas demander de détails au téléphone.

« Espoir » est un journal hebdomadaire qui couvre toute la région. Enfin, un grand nombre de personnes va connaître son travail, et sûrement va l’apprécier. Des jeunes vont avoir l’occasion de montrer leur talent. Des idées nouvelles, révolutionnaires, un grand pas vers l’avant. Comment, mon dieu, remercier ce journaliste qui répond à son appel, qui doit trouver intéressant ce qu’elle fait, et pense qu’il faut en faire bénéficier tout le monde… Véronique se met à la fenêtre, comme un chat attendant le retour de son maître. Tiens… 15h pile, il n’est toujours pas là ! Zut, il ne va pas venir ! Elle prend le téléphone tout en le guettant, un homme sur la route décroche et parle, c’est lui, il est là, 15h02, il a pris du retard, mais ce n’est pas grave, le plus important c’est qu’il soit là. Le premier journaliste dans sa vie est : Olivier Toquet.

Emportée par son enthousiasme, elle veut lui offrir le monde sur la paume de la main. Ils s’asseyent. Le salon est beau mais elle ne le trouve pas en adéquation avec ce qu’elle fait, donc elle n’y prendra pas de photo, elle ira à l’autre salle, où se trouve le beau canapé en cuir noir, un journaliste tenant la clé de la réussite mérite bien s’y poser, qu’importe s’il le salit, un meuble, ça se lave ! Elle lui offre un café, puis elle part lui faire un thé noir, puis un cappuccino, puis un panaché de fruits. Elle lit la surprise dans ses yeux,  il ne s’attendait pas à cet accueil, mais elle non plus ne s’attendait pas à avoir un journaliste chez elle. Ils sont quittes. Avec un appétit de loup, il se régale, tout en lui posant des questions et écrivant sur son bloc-notes. Elle tient absolument à ce que son premier interview se déroule dans l’autre salle, sur le beau canapé. Elle invite alors le journaliste avec délicatesse et immense joie à la suivre, et apporte tous les plats de gâteaux, les boissons, la cafetière au cas où il voudrait un petit café, de l’eau au cas où il aurait soif, etc.

Elle remplit une autre théière, apporte d’autres plats, veut bien lui faire des mets de toutes les régions du pays, mais c’est un journaliste, pas un convive ! Il demande cette fois un café, se sert de gâteau dégoulinant de miel et note les réponses. Elle est aux anges : « J’ai des amis au Québec, ils m’ont envoyé des félicitations pour le travail que j’ai fait ». « Parce que je travaillais dans une école où il y avait beaucoup d’enfants placés dans des familles d’accueil. » « L’éducation des enfants d’aujourd’hui est totalement différente de celle que nous avons reçue dans le temps. » « Les parents ont plus peur pour leurs enfants, et il faut les comprendre. Les temps ont bien changé par rapport à autrefois ». « J’ai la chance d’avoir deux cultures, avant de partir l’occupant de mon pays d’origine nous a laissé sa langue, c’est une vraie richesse de parler plus d’une langue ». « Je contacterai toutes les éditions à compte d’éditeur pour tendre la main aux jeunes, les publier, si nous pouvons travailler ensemble ça serait bien». « Le meilleur texte aura un prix pour encourager les jeunes à écrire. » « L’écriture est bonne pour le cœur, on exprime tout ce qui nous plaît et ce qui ne nous plaît pas, on invente des personnages, on fait d’eux ce qu’on veut, un vrai amusement… C’est beau de créer et de partager avec d’autres personnes. » Mince ! Il renverse sa tasse ! Mon dieu, son canapé qu’elle a mis des mois à payer… Ce n’est pas grave, c’est un JOURNALISTE quand même ! Une pause, le temps qu’elle nettoie et remplisse une autre tasse, et l’interview reprend.

Pendant l’interview, elle a comme un mauvais pressentiment. Elle essaie de lire ce qu’il est en train de gribouiller sur son papier, mais en vain. Olivier Toquet pose son stylo et commence à son tour à parler, enfin, à la bonne franquette ; il parle de son enfance, une enfance à l’opposé de celle d’aujourd’hui ; il était de ces enfants qui prenaient leur bicyclette et allaient rouler, la joie dans le cœur ; c’était le temps du camping sauvage… Véronique lui dit : « Ah, le bon vieux temps… Nos parents nous ont laissé vivre tranquillement, sans trop nous presser, mais les temps ne sont plus les mêmes, il faut comprendre les parents ». Il la questionne : « Vous voyez que les parents donnent une mauvaise éducation à leur enfants ? » « Mauvaise ?! Elle n’est pas comme celle que nous avons reçue de nos parents ».

Très à l’aise, monsieur Toquet l’informe que, d’ici une semaine, l’article paraîtra dans « Espoir », et y restera une semaine.  Véronique touche son rêve du doigt… 

Quelques jours plus tard, sur la route pour une autre ville, elle s’arrête et achète le fameux journal qui changera radicalement sa vie, qui exaucera son ultime rêve, un rêve dont elle ne gagnera rien de matériel, au contraire ; depuis qu’elle a commencé son projet, elle ne fait que perdre financièrement pour le bien des autres, mais bon, dans la vie il faut donner aussi. De crainte d’être en retard, elle tourne la clé de contact et, en démarrant, elle regarde son article. Sa photo est bien là ! Elle ferme le journal, prend son portable, envoie au journaliste un message de remerciements. Le soir, en rentrant chez elle, elle lui écrit, le remercie encore. Mais le lendemain, Véronique prend le journal pour lire son article à tête reposée, et qu’est-ce que elle découvre ?! : « J’ai enseigné au Québec. » « Je faisais famille d’accueil. » « Je donnerai des prix en chèques. » « …puisque j’ai grandi lors de l’occupation, je me suis bien imprégnée de cette culture. » « … les parents donnent une mauvaise éducation à leurs enfants ! » « …pour les prix, je ferai appel à un jury. » « … je suis guérisseuse !!!!! » Elle tombe des nues !!!!!! Presque rien n’est écrit comme elle l’a dit ! Il avait la tête où quand il notait ? Avait-il perdu son bloc-notes sur le chemin du retour ? Lui en voulait-il ? N’avait-il pas bien entendu, bien qu’elle se soit répéter ? » Après le bon accueil qu’elle lui avait réservé ?

Plusieurs courriers stériles ont passé entre eux. À la fin, elle saisit le téléphone pour lui demander des explications. Monsieur le journaliste, en écrivant « mauvaise éducation », voulait choquer, secouer le lecteur pour répandre l’information… Pis encore, il lui dit que ses collègues avaient lu l’article et n’avaient rien trouvé de destructif. Monsieur le journaliste a pensé à lui, à vendre son journal et non à transmettre l’information, ce qui est le devoir d’un journaliste. monsieur Toquet a voulu vendre, mais a failli à ses engagements de journaliste, il a trahi le journalisme en entier, il a manqué à son devoir, et pourquoi ? Pour vendre quelques journaux de plus ! C’était tellement beau pour que ça soit vrai ! La mort dans l’âme, elle continue à lui écrire, pour qu’ils trouvent un terrain d’entente, qu’il corrige ce qu’il a écrit. Dans tous ses curriculum vitae, jamais il n’est noté qu’elle a fait “famille d’accueil” ! S’il avait la tête bien présente quand il rédigeait son article, il aurait dû voir qu’elle n’aurait pas pu vivre à l’époque de l’occupation, sinon, elle serait plus âgée ! Preuve qu’il y a quelque chose qu’elle ne peut pas cerner. Comment a-t-il pu écrire qu’elle donnerait des chèques comme prix, alors qu’elle lui a parlé de sa situation financière ? Comment a-t-il pu écrire qu’elle guérit les jeunes, alors qu’elle a dit : « l’écriture permet de dire ce qu’on pense, de traduire nos rêves, relater nos colères et nos joies, il faut juste savoir comment le dire». Pourquoi il lui a fait tout ça, monsieur le journaliste du journal “Espoir” 

Monsieur Toquet a voulu démolir le projet de Véronique qui commençait à peine à bourgeonner, mais il n’est pas arrivé à ses fins, car elle s’est sortie de cette expérience indemne, plutôt plus forte, et en a tiré une bonne leçon…

Plus tard, un autre journaliste la contacte, pour publier un article sur son édition, mais cette fois-ci elle ne se laisse pas emporter par des rêveries. Elle garde les pieds bien sur terre, exige qu’à la fin de l’interview, elle puisse vérifier ce qu’il a écrit et demande à signer avant la publication. Il refuse et lui parle de confiance, elle lui répond : « chat échaudé craint l’eau froide ».

Un poisson pourri infecte des milliers de poissons frais. 

Le journalisme est choisi vu le flux d’informations qui nous arrive de toutes parts : réseaux sociaux, presse écrite, journaux électroniques, etc. Aucune personne n’est visée spécifiquement. Dans tout métier ou profession, il se peut qu’il y ait des gens qui n’accomplissent pas leur devoir convenablement. L’auteur a voulu attirer l’attention des jeunes, qui vont bientôt entamer une vie active, sur la fidélité à l’esprit de son travail, que l’on soit boucher, fleuriste, président, enseignant, journaliste, etc.

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Date de parution : 02/12/2017
  • Thème : Le travail
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Updated: 23/08/2018 — 00:04

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