Arche de Noé

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Madame Pressée

Madame Pressée est notre voisine. Elle est toujours pressée, essoufflée, fait de grandes enjambées pour traverser la route ou pour aller à la pharmacie. Quand elle fait ses courses, elle ne dit même pas bonjour, et ne s’arrête jamais, si une amie veut lui serrer la main. Pour rester courtoise, elle lui dit  : « Si on s’arrête chaque fois pour serrer la main à quelqu’un, notre journée n’aura pas de fin », et passe son chemin comme une furet…

 Quand elle va au marché, elle ne dit même pas bonjour au marchand. Aussitôt arrivée, elle commence à mettre dans des sacs : pommes de terre, tomates, carottes, pommes, cerises, et demande au commerçant combien elle lui doit, en lui tendant un billet et se retournant pour s’en aller. Elle ne récupère jamais sa monnaie, ne met jamais dans son panier tout ce qu’elle achète, car madame Pressée oublie chaque fois un sac sur l’étalage.

Elle passe chez la boulangère avec des pas rapides, et dès qu’elle franchit le magasin, elle tend son billet sans sourire, et dit : « Une baguette, comme d’habitude… »,  si la commerçante lui demande : « Coupée? », elle fronce les sourcils, et réplique : « ne pas se faire répéter, évite d’être embêté », et prend son pain d’un geste machinal, sort du magasin sans prendre sa monnaie.

Sur le chemin du retour, elle ne s’arrête jamais pour dire bonjour à un voisin, ou demander des nouvelles d’une connaissance. Si quelqu’un essaie de l’aborder, elle le renvoie gentiment, avec des proverbes qu’elle invente suivant les circonstances : « bavarder dans la rue, provoque l’imprévu… »

Quand elle rentre chez elle, elle dépose vite ses courses pour faire à manger, rince les légumes, se rappelle qu’elle a oublié les tomates chez le marchand, et ressort en pensant : « retourner chez le marchand est une perte de temps ».

 Elle revient chez elle, se lance dans la cuisine, prend un économe, et saisit une carotte. Après un bref instant, elle repose le tout, et dit : « laver son linge avec délicatesse est une sagesse ». Elle remplit la machine à laver de linge sale, met la lessive, branche l’appareil, mais oublie d’appuyer sur le bouton. Une autre fois, elle se presse dans la cuisine et dit : « choisir des légumes juteux, c’est manger un repas délicieux ». Elle prend la pauvre carotte dans la main, et après quelques épluchures, elle repose le légume, se précipite vers la boite aux lettres en disant : « il faut regarder à temps le courrier, pour qu’il ne soit pas oublié ».

Elle revient dans sa cuisine, soulagée qu’il n’y a aucun courrier urgent, et reprend son activité. De nouveau, elle pose ce qu’elle a dans les mains, et se dirige vers la salle à manger en disant : « ranger la salle, c’est garder le moral ». Elle dépoussière les bibelots, sort l’aspirateur, le branche, le passe sur un ou deux mètres, puis le repose pour rentrer le linge en disant : « oublier le linge dehors est une horreur ». Elle rentre son linge, le pose sur le canapé, et regagne sa cuisine. Les pauvres légumes l’attendent paisiblement sur le plan de travail. Elle saisit une pomme de terre, puis la pose en disant « linge repassé, vêtements défroissés », et va brancher le fer à repasser, sans débrancher l’aspirateur, et sans appuyer sur le bouton de la machine à laver.

Elle entend le chat miauler, pose le tout, et va remplir la gamelle de croquettes en disant : « chat bien nourri, chat joli », et revient vers sa cuisine pour préparer à manger. Puis elle fait une petite grimace, et se retourne en pressant le pas dans les escaliers. Elle ouvre les fenêtres en disant : « chambres aérées, maison raffinée » 

Elle descend et emprunte le vestibule. À l’embrasure de la cuisine, elle s’arrête, se rappelle qu’elle n’a pas appuyé sur le bouton de la machine à laver, n’a pas débranché ni l’aspirateur ni le fer à repasser, et fait demi-tour en disant : « les appareils électriques peuvent provoquer un drame en un clic ».

Puis elle retourne vite dans la cuisine, prend le couteau, et entend retentir la sonnette, elle dit en pressant le pas pour ouvrir : « qui sonne à n’importe quelle heure risque d’être accueilli comme un voleur ». Elle ouvre la porte. « Nous avons une faim de loup maman, qu’est-ce que tu nous as préparé à manger ? » Les enfants sont déjà de retour de l’école !

 

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Illustrateur : Hamza Rholamallah
  • Date de parution : 19/03/2017
  • Thème : L’organisation
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Updated: 23/08/2018 — 00:25

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