Arche de Noé

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L’abandon

Entre les feuillages, Félix le chat observait les voitures passer à grande vitesse sur la route nationale. Tout à coup, une grande voiture, avec des valises sur le porte-bagages s’arrêta sur le bas-côté. Le conducteur sortit du véhicule, ouvrit le coffre et fit descendre un chaton, puis referma et redémarra comme si de rien n’était !

Le petit chat ahuri resta immobile sur la route, puis sursauta et se dirigea vers la lisière de la forêt. Il avait échappé de justesse à une autre voiture roulant à une très grande allure. Félix sortit de sa cachette, et lui fit signe de le rejoindre :

– Que t’arrive-t-il ?

– Je les ai entendus hier dire qu’ils me laisseraient sur la route, car ils ne peuvent pas s’occuper de moi durant leur voyage.

– Le voyage ?! Est-ce que c’est une raison pour nous laisser seuls, livrés à nous-mêmes ?

– Toi aussi tu es abandonné ?

– Oui, répondit Félix en baissant la tête.

– Ne pouvaient-ils pas nous confier à des voisins, des amis ou des proches…

– Ou nous remettre à des associations, coupa la parole Félix la voix rouillée de chagrin.

– Tout ce qui me reste d’eux, c’est le tee-shirt de Lise, mon amie. Elle me l’a mis pour ne pas avoir froid.

– Donne-le moi, ça pourrait nous servir, et allons chercher quelque chose à grignoter. Tu dois prendre des forces, car ici, c’est tout à fait différent de la ville.

Ils rencontrèrent d’autres chats et chiens abandonnés, et se lancèrent tous à la recherche d’un peu de nourriture. La nuit, ils allumèrent un feu, et se mirent tout autour pour se réchauffer. Le chaton prit la parole :

– Les enfants me manquent. Je dormais dans leur chambre. Je les ai entendus supplier leurs parents de me garder, mais…

– Aucun enfant dans le monde ne voudra notre départ, mais ce sont les adultes qui sont irresponsables.

– Il faut que nous fassions quelque chose, sinon d’autres chats et chiens se trouveront sur les routes nationales du jour au lendemain, sans même un paquet de croquettes dans la poche, suggéra un vieux chat

Le chaton fondit en larmes :

– Mais moi je veux retrouver Timéo et Lise, ils me manquent. Je veux rentrer chez moi.

– Rentrer chez toi ! Mon pauvre Fifi, balbutia Félix en baissant la tête.

– Oui, j’étais bien là-bas.

– Nous étions tous bien où nous étions. Nous les avons aimés quand ils nous ont accordé un peu d’attention, nous nous sommes attachés à eux, quand ils se sont occupés de nous ; mais voilà qu’ils nous abandonnent au beau milieu de la route.

– Qu’est-ce que nous pouvons faire les amis ? demanda un chiot

– J’ai une idée. Nous allons manifester à notre manière, jusqu’à ce qu’ils comprennent que ne nous sommes pas des sacs usés, ou des épluchures de légumes, et qu’ils ne peuvent pas se débarrasser de nous à n’importe quel moment, cria un vieux chien

– Il nous faudra des mois, voire des années, mais nous y arriverons. Il faut persévérer, encouragea le chiot.

– Il faut demander de l’aide aux animaux des refuges, continua un chat noir.

– Comment peuvent-ils sortir ? demanda un autre chien.

– Ils n’ont qu’à demander la permission à la direction, répondit le chat noir.

– Ils doivent leur assurer que c’est pour la bonne cause qu’ils doivent passer la journée dehors, comme ça ils n’auront pas de soucis, dit un autre chat.

– Et bien sûr, ils y retourneront le soir. Nous, nous passerons les jours et les nuits dehors à monter la garde.

– Commençons par ce pauvre petit Fifi. Retrouvons sa famille, et je compte beaucoup sur votre flair mes frères, s’adressa Félix aux chiens. 

Tous les animaux des refuges voisins répondirent favorablement à l’appel. Et malgré cette solidarité, Fifi resta triste, mangeait moins, se figeait tout le temps à la même place où il fut abandonné… Cette situation ne plut pas à Félix qui décida de le secouer un peu :

– Si tu ne nous suis pas, tu risques de rester seul, et ça n’arrangera rien à ta situation.

– Je reste à la lisière de la forêt. J’attends leur retour.

– Ils n’emprunteront peut-être pas la même route, et vu la vitesse avec laquelle les voitures roulent, je doute fort qu’ils puissent t’apercevoir, surtout que Lise et Timéo seront sur la banquette arrière.

– Et vous croyez que vous pouvez les retrouver ? demanda-t-il tristement.

– Nous avons un indice, regarde !

Il sortit d’un sac le tee-shirt de Lise, et dit comme un inspecteur chevronné :

– Nous les aurons, je te le promets mon petit.

Les chiens reniflèrent le vêtement qu’avait mis Lise sur le dos du chaton, et se lancèrent dans une enquête longue et douteuse. Ils avaient un flair bien développé, mais ils comptaient aussi sur les plaques de signalisations et l’aide des félins. Ils inspectaient toutes les aires de repos sur leur passage, et faisaient le tour des campings. Enfin leur calvaire prit fin dans une station-service. Les chiens s’arrêtèrent près d’une voiture et aboyèrent : « C’est là ! » Félix fit venir Fifi, qui reconnut tout de suite le propriétaire du véhicule. Il frissonna, versa une larme et questionna : « Et s’ils ne veulent plus de moi ? ». Décidés, les animaux ne lui répondirent pas, ils ouvrirent le coffre et le glissèrent derrière les bagages. Fifi ne pouvant se tenir tranquille, commença à ronronner ; les enfants l’entendirent et sautèrent de joie. Quand le papa irresponsable ouvrit le coffre, les chiens l’encerclèrent, et s’apprêtaient à le mordre, pour lui apprendre ce qu’est rejeter un animal si attachant. Timéo le récupéra, le mit dans ses bras, lui fit des bisous et lui dit : « Mon pauvre Fifi, qu’est-ce que je peux t’offrir pour me faire pardonner ? » Lise dit à son tour : « Dorénavant, je refuserai de voyager s’il faut te laisser sur la route ».

Dès que la famille repartit avec Fifi bien sûr, Félix fit signe à la meute de continuer la manifestation. Ils se dispersèrent sur le bord des routes nationales. Et dès qu’une voiture suspecte s’arrêtait, les chiens l’entouraient et guettaient le comportement du conducteur, s’ils le voyaient faire descendre un chien ou un chat, ils se lançaient dans des aboiements à déchirer le tympan, et menaçaient de mordre, s’il lui traversait l’esprit de repartir sans son animal. Pris de panique ou surpris par la solidarité des animaux, les conducteurs sans cœur et sans pitié regagnaient leur siège, et redémarraient sous les menaces des chiens, dont la morsure fait vraiment très mal.

Depuis un moment, je ne vois plus aucun animal tout seul sur la route, et je crois qu’ils ont bien fait d’être solidaires. L’union fait la force !

 

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Illustrateur : Hamza Rholamallah
  • Date de parution : 19/03/201
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Updated: 23/08/2018 — 01:25

2 Commentaires

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  1. Une personne qui torture un animal n’est pas normale.

    France

    France

  2. Bonjour à tous les membres 🙂

    Je vois que le texte est intéressant, si on peut apprendre aux gens dés le plus jeune âge, le respect des animaux, et pas seulement…

    France

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