Arche de Noé

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Jonathan qui n’est presque jamais content.

Chez Jonathan, les choses ne se passaient jamais comme il le voulait, toujours il arrivait un incident qui perturbait sa tranquillité. Pauvre Jonathan, il n’était presque jamais content.

Hier, par exemple, il était très content d’avoir construit un grand château avec des cartes, au point qu’il sautait sur le canapé et poussait des cris : « Ah, ah, ah ! » Léa, sa petite sœur, intriguée par cette explosion de joie immense, voulut partager avec lui ce moment, et courut vers le canapé pour sauter dessus à son tour, mais malheureusement, elle emporta le château dans son élan ! Le fragile édifice s’effondra, et un «Ah, ah, ah, ah !» se fit entendre dans la maison comme un coup de tonnerre.

Quand sa maman arriva et aperçut les cartes éparpillées par terre, elle comprit la cause de sa colère et tenta de le consoler, mais en vain, il ne faisait que crier. La petite Léa resta bouche bée, car elle ne savait pas pourquoi Jonathan s’était mis dans cet état soudainement.

Enfin, le mauvais moment passa. Jonathan retrouva son calme.

La nuit, lorsque Jonathan se mit au lit, et commença à être emporté par un doux rêve, une chouette s’étant posée et hululant sur le rebord de sa fenêtre, le réveilla en sursaut. Il eut une boule dans le ventre, son corps tremblait, il retira la couette, se cacha le visage, mais la chouette, se croyant à l’opéra, continua à hululer de plus en plus fort.  Jonathan, ne pouvant dormir, s’assit, puis se mit debout, s’approcha de la fenêtre, leva la tête : ses yeux rencontrèrent ceux du volatile. Un autre « Ah, ah, ah, ah ! » se fit entendre dans la maison comme un coup de tonnerre, son papa monta les marches quatre à quatre, tellement il était inquiet pour son petit Jonathan. Il le prit dans ses bras : « Qu’est-ce qui t’arrive, fiston ? » « Ah, ah, ah, ah… » fit-il en montrant l’animal de ses doigts. Son papa ouvrit la fenêtre, regarda devant, puis à droite, puis à gauche, inspecta tous les coins du jardin, mais il ne vit même pas un chat rôder dans les parages.

Le lendemain, Jonathan se leva, un petit peu fatigué quand même, vu la frayeur qu’il avait eue la veille, il était mal coiffé, « les cheveux en pétard » comme disent les enfants. Il pénétra paresseusement dans la salle de bains, se débarbouilla le visage, passa un coup de peigne dans ses cheveux, et alla se changer pour partir à l’école. Une agréable surprise l’attendait : son armoire débordait de cadeaux d’anniversaire, et un autre « Ah, ah, ah, ah, ah !»  se fit entendre dans la maison, mais un « Ah » de joie cette fois-ci, accompagné de sauts sur son lit. Sa maman, son papa et Léa entrèrent avec un grand sourire et chantèrent :

Joyeux anniversssssaiiire,

Joyeux annnivvvviverssssairre,

Joyeux anniversssaire Jonathan,

Tu es devenu assez granddddd…

          

La chanson était très claire. Il eut un déclic, arrêta de crier comme un fou, et afficha un beau sourire, les yeux pétillants de joie. Jonathan, qui n’était presque jamais content, décida de ne plus hurler « Ah! » pour exprimer ses émotions. Des « Ah, ah, ah, ah ! » que toute la famille avait pris l’habitude d’entendre, et même de reconnaître : le « Ah » de la joie, le « Ah » de la colère, le « Ah » de la tristesse », etc. 

De bonne humeur, il mit ses vêtements neufs, prit son petit déjeuner et s’en alla à l’école.

Pendant la récréation, il courait derrière un camarade de classe, lorsqu’il trébucha sur un pot de fleurs, et tomba dans une petite flaque d’eau. Ses beaux vêtements tout neufs se tachèrent, mais cette fois-ci, et à la grande surprise de sa maîtresse et de ses camarades, Jonathan ne fit sortir aucun « Ah, ah, ah, ah ! » pour exprimer sa tristesse, comme à son habitude. Il se contenta de se relever, et de sortir un mouchoir pour nettoyer son blouson en disant, un petit peu mécontent quand même : « C’est bien dommage ! J’aurais souhaité que cela n’arrive pas… »

Alix, son camarade, s’approcha de lui, sortit un autre mouchoir et l’aida, mais Arthur, l’aîné de la classe, partit bouder dans un coin de la cour, car il était jaloux de voir Jonathan avec des vêtements neufs, et d’entendre l’institutrice le féliciter d’avoir bien su gérer sa tristesse, une émotion que même les grands ressentent.

Après la récréation, la maîtresse eut un peu de peine pour les deux garçons, Jonathan qui était triste d’avoir sali ses vêtements neufs, et Arthur qui n’était pas bien à cause de sa jalousie. Alors, elle demanda à tous ses élèves de dessiner une personne triste et une autre jalouse, puis elle dit : «  C’est normal d’être triste de temps à autre, content ou en colère. C’est normal d’avoir peur de temps en temps, mais il faut le montrer d’une manière raisonnable, pour que les gens comprennent dans quel état nous sommes, et non avec des « Ah, ah, ah… », des sauts, comme faisait Jonathan, ou des bousculades, des méchancetés comme font certaines personnes. Il ne faut pas non plus les garder en secret, à l’intérieur de soi, de crainte d’être jugé ou critiqué d’une mauvaise façon. D’accord, les jeunes ? »

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Illustration : Hind 
  • Date de parution : 19/10/2018
  • Thème : Les émotions. 
  • Provenance de la commande : France ( Le Var).

 

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Updated: 27/01/2019 — 08:51

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