Arche de Noé

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Éloi, le casseur

Dans un grand village, situé aux pieds d’une montagne, vivait Éloi avec sa petite famille. La famille était heureuse, paisible et savourait la vie s’écouler comme un petit ruisseau, au cœur d’une dense forêt.

Éloi trouvait injuste de faire chaque jour ce qu’il avait fait hier, et le refaire le lendemain. Même à l’école, tout le monde était souriant, personne ne s’énervait, ni ne stressait. Les gendarmes à leur tour ne patrouillaient plus, ne surveillaient plus, car aucun citoyen ne faisait de bêtises,  ou n’enfreignait la loi. Ils prenaient chaque jour leur canne à pêche, et allaient au bord de la rivière vaquer à leur passion. Le tribunal ferma, la prison devint un endroit désert. « Quel gâchis ! Un tribunal construit, et il n’y a personne à juger dedans, un pénitencier bâti pour servir au moins à y emprisonner des gens, et personne n’y séjourne ! On ne remarque même pas la présence de la gendarmerie, même en y  passant juste à côté ! » pensait Éloi.

Un matin, sur le chemin de l’école, Éloi croisa deux gendarmes, et il ne leur dit même pas « bonjour ». Il les fixa, les regarda effrontément, et passa son chemin. Le gendarme quadragénaire lui dit : « Ce n’est pas poli mon petit Éloi, nous sommes là pour faire respecter la loi, ne nous sommes pas méchants »  Éloi, cria un grand « NON ! », et prit la fuite, croyant qu’il allait voir un hélicoptère voler au-dessus de sa tête, des voitures rouler derrière lui avec des sirènes, pour le capturer et le punir de ne pas avoir dit bonjour à des gens qu’il avait croisés, enfin de l’animation dans son village. Mais rien ne se passa de tout ce qu’il avait pensé. Les représentants de la loi partirent à la pêche, le sourire aux lèvres, comme à leur habitude. Le médecin les rejoignit pour prendre un café avec eux, comme chaque jour, car personne ne se blessait ni ne tombait malade, et discuter avec le pharmacien et le vétérinaire qui aimaient faire les mots croisés sur le rivage. Éloi n’était pas content. Il fallait que ça bouge !

La tête enfouie entre les épaules, il s’installa sur sa chaise, attendit le maître dire « bonjour », et entendre ses camarades répondre avec sourire et gaieté. En récréation, une idée absurde lui traversa l’esprit. Il donna alors un coup de pied à son meilleur ami, qui cria de douleur et courut se plaindre à la directrice de l’école, puis il se dirigea vers le rosier, arracha plusieurs boutons, fit tomber le vase qui ornait un coin de la cour, puis rentra en classe. Sur le chemin du retour, il confia son cartable à un camarade, s’approcha d’une voiture, cassa le rétroviseur, atteignit la maison du boucher, fit tomber des pots de fleurs, arriva près des commerces, renversa une caisse de tomates et de pommes, passa à côté de la voiture des gendarmes, y donna un coup de pied et entra chez lui comme si de rien n’était. Il était content, soulagé de faire quelque chose que personne ne devait faire. Les gendarmes restèrent quand même tolérants à son égard, et lui répétèrent encore de cesser son comportement stupide, mais il persévéra. Il voulait peut-être se donner de l’importance. Certains de ses camarades le surnommèrent « casseur »,  et l’évitaient chaque fois qu’il s’approchait d’eux, et d’autres, impressionnés par son comportement, le considéraient comme un « héros », et commencèrent à l’imiter. C’est ainsi qu’ils tombèrent fatalement dans le piège de la délinquance, qui ne s’empare que de gens qui ne font pas attention.

Le comportement d’Éloi le casseur se répandit, comme une traînée de poudre, ses parents, impuissants face à cette gigantesque métamorphose, et incapables de lui faire entendre raison, firent alors appel à la sorcière Minichipa, qui habitait à la sortie de la ville, dans un cabanon en bois. La sorcière après avoir regardé sa boule de cristal, leur dit : « Éloi est injustement montré du doigt. Il en faudrait peu pour qu’il renonce à ce comportement.» Les parents restèrent bouche-bée quelques secondes, puis demandèrent : « Qu’avons-nous manqué de lui donner ? Que faut-il lui offrir de plus ? » Minichipa les rassura : « Notre village fait partie de notre pays, et si nous le détruisons, nous démolirons le pays tout entier, mais vous avez bien fait de venir me demander de l’aide, à tout problème une solution.» Elle leur donna une potion magique pour remettre leur enfant sur la bonne voie. Chaque matin, la maman d’Éloi lui préparait son bol de lait au chocolat, et y ajoutait, à son insu bien sûr, trois gouttes de la potion « anti-délinquance ».

 Au bout de quelques jours, Éloi commença à se sentir intéressant, ne s’ennuyait plus, car il comprit enfin qu’il était un être humain, et la fonction de l’être humain est de produire, de donner, de construire, de se battre intelligemment pour se faire entendre, et surtout ne pas détruire ce que les autres ont peiné à édifier. À chaque fois qu’il croisait les gendarmes, il disait « bonjour », se fâchait quand il voyait un citoyen casser les devantures des magasins ou brûler des voitures, pour exprimer son mécontentement. Après des années, Éloi grandit, devint un citoyen exemplaire, dont les gendarmes, le pharmacien, ses camarades de classe, le vétérinaire et sa patrie étaient fiers. Éloi qui voulait tout casser avant, eut le souci permanent de laisser à la génération future, un ouvrage à améliorer ou à terminer. Bravo jeune homme, tu es une personne importante. Tu as bien réfléchi quand tu as décidé d’aider les autres, au lieu de les détruire.

 

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Illustrateur : Hamza Rholamallah
  • Date de parution : 19/03/2017
  • Thème : Le civisme
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Updated: 23/08/2018 — 00:44

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