Arche de Noé

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Le déclin d’un amour.

Il commençait à faire nuit, lorsque je vis Alexia en train d’attendre le bus. Je décidai alors de m’arrêter un peu, jusqu’à l’arrivée du transport, afin qu’elle ne reste pas seule dans une rue déserte. Je la regardai à la dérobée, et elle faisait de même, tantôt elle regardait son téléphone portable, tantôt elle serrait contre elle sa besace. J’hésitai à lui parler, pourtant, elle était mignonne et très calme, mais que pourrai-je lui dire : « Bonsoir, je t’ai vue et je me suis arrêté, ce que je ne fais jamais avec les autres filles », elle me prendrait pour un débile, et demain, elle en parlera à toutes ses camarades, je serai la risée de tous les lycéens. Comment faire ? Je voulais juste lui parler, mince ! Le bus arriva, j’aurais souhaité lui crever un pneu, pour retarder son départ, mais elle leva ses mèches de cheveux, me lança un joli regard, et avec un sourire ressemblant un peu à celui de la Joconde, elle monta, et prit un siège.

Je rentrai à la maison, les pensées allant dans tous les sens, incapable de chasser son beau visage, ses cheveux bruns, sa fine bouche, et je ne me souvins que de ceci, car je n’avais pas encore vu plus bas. Le lendemain, même si notre maison se trouvait à quelques mètres du lycée, je décidai de prendre le même bus qu’elle. Elle arriva avec une timide démarche, et très calme, elle s’assit près de moi et sortit son téléphone. Fine comme une branche d’olivier, elle m’avait bien fouetté le cœur, quelque chose d’anormal et d’extraordinaire à la fois, ce que les adultes appellent « le coup de foudre ». Je ne faisais qu’en entendre parler, mais, aujourd’hui, j’étais en train de le vivre. Attiré agréablement par elle, comme un aimant tirant vers lui des graines de fer, je cherchai une façon de l’aborder, et l’idée de lui demander si elle avait un chargeur, car mon téléphone ne tenait plus, la fit rire, un chargeur pour alimenter un téléphone à la gare de bus ! Vu la honte que je m’étais faite, je me résignai et décidai de rentrer au lieu de prendre le même bus qu’elle… La nuit, elle avait envahi mon sommeil, m’avait fait bercer sur des nuages dans l’immense voûte bleu-azur. Je n’étais retourné à la réalité que lorsque j’entendis maman dire comme chaque matin : « Allez Sasha, tu es encore sur les nuages ! », maman savait bien qu’un jour, quelqu’un m’emmènerait sur les nuages, et Alexia l’avait fait sans coup férir.

Tous mes copains et amis devinèrent qu’une fille avait volé mon cœur, même si j’essayais de le nier, mais être amoureux, c’est comme être sur un nuage, ça se remarque vite. J’en disais le moins possible, même pas son prénom, je voulais la cacher peut-être, pour qu’aucun prédateur ne lui saute dessus et me fit souffrir plus que je ne l’étais. Une autre fois, j’étais avant elle à l’arrêt du bus. Elle me sourit cette fois, et même me dit bonsoir…  Il ne fallait absolument pas lui demander son chargeur, ni un stylo, puisque j’avais ma trousse dans la main. Mince, les filles aiment qu’on leur parle de quoi exactement ? « Le printemps s’est bien annoncé, on sent le parfum des jonquilles ». Je croyais qu’elle parlait à quelqu’un d’autre, je regardai autour de nous, et m’assurai qu’il n’y avait personne et me suis dit : « lève-toi idiot c’est à toi qu’elle s’adresse ! » Enfin, ce soir, je montai dans le bus et m’assis près d’elle. Heureusement, elle ne m’avait pas demandé où j’allais descendre, car sincèrement, je ne savais  pas où j’allais. Au terminus, elle descendit, tout le monde devait suivre. Je descendis, elle me tendit la main pour me dire au revoir, un fourmillement parcourut tout mon corps et secoua mon cœur. Je l’aimais ! Je fis semblant de regagner l’autre trottoir, et dès qu’elle emprunta un petit chemin, je sautai dans le même bus pour rentrer chez moi. Cette fois, je ne pouvais même pas attendre être au lit, pour rêver d’elle. J’étais assommé…

Plusieurs semaines s’étaient écoulées, j’étais toujours à ses trousses, dès que j’avais une heure libre, j’allais en face de sa classe et j’attendais qu’elle termine son cours et sorte en récréation. Oui, je ne demandais qu’à la regarder… Et je pouvais rester immobile pendant un long moment, de crainte qu’elle passe au moment où j’aurais fait autre chose que de la guetter.

Un mois passa, sans que je ne puisse faire avancer les choses, à part la poursuivre partout, faire un aller-retour dans le même bus qu’elle et rêver. Mais, un beau jour, mes amis décidèrent de faire une petite excursion à la plage, qui n’était pas loin de chez nous, et une  idée me traversa l’esprit. Le vendredi soir, j’étais comme d’habitude avant elle, à l’arrêt du bus, elle me tendit la main, je la serrai un petit peu plus fort, je ne voulais même pas la lâcher, si elle n’avait pas fait l’effort de la tirer… Nous nous assîmes, et puisqu’elle avait parlé un jour du printemps, je lui dit qu’il fera beau samedi, et que j’allais avec des amis passer quelques heures à la plage, j’ai vu un splendide sourire se tracer sur son beau visage, un signe encourageant, alors je l’invitai à nous accompagner. Elle accepta. Et pour nous contacter et définir le lieu du départ, je lui demandai son numéro de téléphone. Quelle victoire ! Je tins mon téléphone, je le serai dans la paume de la main, j’avais quelque chose d’elle, quelque chose qui lui appartenait, même si cela était minime, j’en étais fier. Il n’y a que les amoureux qui peuvent comprendre cela. Le soir, je fis les mille pas dans ma chambre, je voulais lui envoyer un message, lui dire que je l’aimais, que j’étais fou d’elle, mais j’avais peur de tout gâcher, car avec les filles, on ne sait pas exactement comment s’y prendre.

Le jour de la balade arriva, j’étais impatient, heureux, hésitant, inquiet, tout ce que peut ressentir un garçon, qui tombe du jour au lendemain énormément et merveilleusement amoureux d’une fille. Je pris mon courage à deux mains, me ressaisis, pris mon sac à dos et partis à sa rencontre. Elle était comme je ne l’avais jamais imaginée. Je ne voyais plus la lycéenne, sérieuse et assidue, mais une belle jeune femme, qui assiégeait mon cœur, sans autorisation, quelle victorieuse et audacieuse conquête, si elle avait pu au moins me demander la permission, je la lui aurais donnée, mais lui aurais quand même demandé de ne pas trop me faire souffrir. Je me suis appelé à l’ordre, je lui fis la bise, comme je faisais avec mes copines de classe, gardant un comportement naturel, le doux parfum du shampoing qu’elle utilisait m’emplit les narines, elle venait juste de prendre sa douche, et on sentait bien le parfum du bain-douche émanant de sa peau de velours. Après avoir passé un bon moment avec les amis, entre chants et rires, nous décidâmes de longer la plage pour nous dégourdir les jambes. Nous discutions de tout et de rien, nous riions, les petites vagues nous frôlaient, elle me poussait pour les éviter et ne pas se tremper les pieds, une plus grande vague s’annonça, elle resta immobile, sachant qu’elle n’aurait pas le temps de s’enfuir, je la pris dans mes bras, la soulevai, et mon visage n’était plus qu’à quelques centimètres du sien, je me rapprochai d’elle encore plus, elle baissa les paupières, ne me repoussa pas… Le début d’une belle histoire… J’étais aux anges…

Il ne restait plus que trois mois pour la fin de l’année scolaire, nous ne nous quittâmes plus, et décidâmes de passer les vacances d’été chez ma tante à la campagne. Un vrai bonheur, trop proche l’un de l’autre, plus proche aussi de la nature, nous primes le temps de nous découvrir, de nous rapprocher de plus en plus, nous nous aimâmes sincèrement et nous assouvîmes ce besoin intense, qui nous hantait mutuellement…

Mais hélas, ce qui fut beau ne dura pas. Les vacances terminées, nous retournâmes chacun chez soi, mais nous continuâmes à se voir, à passer des jours l’un chez l’autre, tout en continuant nos études. Tout mon lycée était témoin de mon amour pour Alexia. Vers la fin du premier trimestre, des malentendus, des conflits commencèrent à ternir notre relation, à chaque réconciliation, nous posions ce qui nous arrivait sur le compte de la jalousie, de l’encombrement, du stress, et un jour, elle me dit qu’il fallait qu’on prenne un peu de recul pour voir plus clair… Vu le nombre de disputes qui étoilaient notre vie amoureuse, je ne pouvais qu’accepter sa décision, et la période de séparation se fit de plus en plus longue, jusqu’à ce que nous ne nous envoyions plus un seul message, pour prendre des nouvelles l’un de l’autre… La rupture…

Et quand une relation amoureuse se termine, d’habitude, chacun de son côté raconte sa version de la cause de la séparation aux curieux, aux prétentieux et même à ceux qui veulent tenter leur chance, et sortir avec l’un du couple. Mais Alexia et moi avions prêté serment devant l’amour que nous avions vécu, les bons moments que nous avions passés ensemble, de ne jamais dire du mal ou raconter nos relations intimes aux autres. C’était notre jardin secret, nous l’avions construit tous les deux, nous y avions vécu, et personne n’avait le droit de chercher comment était chaque recoin… Quand un ami me parlait d’Alexia, je ne partais pas de l’idée que nous n’étions plus ensemble, et me permettais de raconter ses défauts et ses plaisirs, je répondais tout court : « Je la remercie pour tous les beaux moments qu’elle m’a fait vivre, tous les plaisirs de la vie qu’elle m’avait fait découvrir. C’est une très bonne personne, mais notre relation devait s’arrêter », et je ne permettais à aucun curieux de fouiller dans mon jardin secret. Alexia faisait de même… Quand une relation amoureuse prend fin, il ne faut jamais raconter les détails de sa vie intime à qui que ce soit… Donnez la chance à votre cœur de vivre une autre belle histoire, sans le ternir avec des haines et des médisances…

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Date de parution : 13/04/2017
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Updated: 22/08/2018 — 23:58

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