Arche de Noé

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Alex, le casseur.

Dans un grand village situé au pied d’une montagne, vivait Alex avec sa petite famille. La famille était heureuse, paisible et savourait la vie qui s’écoulait comme un petit ruisseau, au cœur d’une dense forêt.

Alex trouvait injuste de faire chaque jour ce qu’il avait fait hier et le refaire le lendemain. Au collège, tout le monde était souriant, patient, personne ne s’énervait, ni ne stressait. Les gendarmes ne patrouillaient que très rarement, car aucun citoyen n’enfreignait la loi. Le tribunal ferma ses portes, la prison devint un endroit désert. « Quel gâchis ! Un tribunal construit, et personne à juger, un pénitencier bâti pour servir à y emprisonner des gens, mais personne n’y séjourne, hormis les araignées. Personne ne remarque la présence de la gendarmerie, même en y passant juste à côté ! » pensait Alex sarcastiquement.

Un matin, sur le chemin du collège, Alex croisa un gendarme et son coéquipier, il  les regarda effrontément et passa son chemin. Le gendarme, un quadragénaire, l’arrêta poliment et lui fit la réflexion : « Ce n’est pas respectueux de vous comporter ainsi, nous sommes là pour faire respecter la loi, nous n’opprimons personne » et Alex, s’écria « Je m’en tape de ce que vous racontez, lâchez-moi ! », et il hâta le pas, croyant que répondre avec insolence allait lui donner une contenance. Les représentants de la loi partirent patrouiller, le sourire aux lèvres, comme à leur habitude.

Il continua sa route vers son collège, la tête enfouie entre les épaules, la capuche de son sweatshirt renversée sur la tête, lui cachant presque tout le visage, les écouteurs de son Smartphone, lui bouchant les oreilles, enfin il avait une drôle d’allure qui n’encourageait personne à l’aborder. Il arriva, s’installa, attendit avec impatience la pause pour quitter la classe, un lieu sinistre, selon lui. En récréation, une idée absurde lui traversa l’esprit : Il donna alors un coup de pied à un garçon, qui cria de douleur et courut se plaindre au C.P.E, puis se dirigea vers le rosier, arracha plusieurs boutons, ce qui provoqua l’hilarité de ses copains, fit choir le vase qui ornait un coin de la cour, ce qui lui attira plus de fans, puis rentra en classe le cœur apaisé. Sur le chemin du retour, il s’approcha d’une voiture, cassa le rétroviseur, passa près des commerces, renversa une caisse de légumes, puis avec insolence, se dirigea vers la voiture des gendarmes, y donna un coup de pied, cracha dessus, avec un orgueil démesurée et entra chez lui comme s’il avait accompli un devoir. Il était fier, soulagé d’avoir fait quelque chose que personne ne devait faire. Les gendarmes restèrent malgré tout tolérants à son égard, et lui répétèrent instantanément que son comportement était stupide et que ça ne l’emmènerait nulle part, si ce n’était en face d’un juge, ce qui entacherait malheureusement sa vie de jeune homme, censé produire et aider ses contemporains, mais il persévérait à les défier. Certains de ses camarades le surnommèrent « casseur », et finirent par l’éviter à chaque fois qu’il s’approchait d’eux. D’autres, impressionnés par son comportement, le considérèrent comme un « héros », et commencèrent inconsciemment à l’imiter.

Un soir en rentrant chez lui, après avoir échangé quelques messages avec sa bande, sortit à la dérobée et alla les rejoindre. Ils se baladèrent jusqu’à une heure tardive de la nuit, dans les rues du village, et en passant près d’un bistrot, une idée monstrueuse leur passa par l’esprit, ils se mirent alors à taguer toute la façade. Quand le propriétaire s’en aperçut, et sortit leur parler, ils l’insultèrent et prirent le chemin du retour en riant et en mettant le feu, à toutes les poubelles qu’ils trouvèrent sur leur chemin.

Le comportement d’Alex le casseur se répandit, comme une traînée de poudre, ses parents, surpris par cette gigantesque métamorphose et incapables de lui faire entendre raison, firent appel à un médecin du comportement. Malgré plusieurs séances de discussions, le jeune homme ne pouvait renoncer à ces incartades, qui lui procuraient une grande estime de soi ! Ils se torturaient et s’en voulaient à mort, car ils croyaient que les imperfections de leur fils étaient le fruit de leurs erreurs, qu’ils avaient failli à son éducation.

Il commença à s’organiser, et à organiser sa bande ou ses fans, à décider qui fait quoi, pour commettre des petites délinquances, avec un orgueil excessif. Un jour, ils virent à la télévision, qu’une manifestation aurait lieu dans la ville voisine, ils sautèrent de joie et s’y dirigèrent avec fougue et verve, bien qu’ils aient ignoré la cause de cet événement,  ainsi que les revendications des manifestants. Cette fois-ci, ayant trop confiance en lui, il cassa les devantures des magasins, des pauvres propriétaires qui avaient trimé toute leur vie, pour monter ces commerces, brûla les voitures des personnes, qui n’avaient rien fait pour mériter de voir leur véhicule partir en flammes, alors que le lendemain, ils devaient déposer leurs enfants à l’école et se rendre à leur travail… Mais Alex, le casseur, n’était pas conscient de ce qu’il faisait subir à ses concitoyens ! Enfin, il fit un faux pas, et la police le prit en flagrant délit. Après une condamnation de quelques mois avec sursis, il recommença à sévir par ses méfaits pendant des années.

Ainsi, un jour, alors qu’il venait de commettre une autre infraction à la loi, il fut arrêté. Tandis que le juge prononçait la sentence, le casseur le regardait et se demandait : « mais  où diable ai-je vu cette tête ? au cours d’un cambriolage ? Pourtant, je l’ai déjà vue quelque part. Qui est-ce ? Pourquoi me regarde-t-il ainsi ? » Tout à coup, comme s’il avait reçu une gifle, il se ressaisit, se sentit stupide et gauche, dépourvu de toute grâce et privé de dignité. Quelle humiliation ! C’était son camarade de classe, à côté de qui il s’était assis pendant toutes les années du collège, qui était en train de  le juger !

Durant sa détention, il se remémora ce qui s’était passé durant les deux heures de sa comparution devant le tribunal, pensait à son camarade qui l’avait bien reconnu et conclut : « J’aurais pu être comme lui, juge ou avocat ou bien un honnête ouvrier qui produit, construit, et non un destructeur comme je suis devenu aujourd’hui. »

Au bout de quelques mois, Alex fut libéré. Après une formation, il trouva un travail et commença à se sentir intéressant. Il ne s’ennuyait plus, car il comprit enfin qu’il était un être humain, et la fonction de l’être humain est de produire, de donner sans attendre de retour de qui que ce soit, de construire, de se battre intelligemment pour se faire entendre et surtout ne pas détruire ce que les autres ont peiné à édifier. À chaque fois qu’il voyait un citoyen casser les devantures des magasins ou brûler des voitures, pour exprimer son mécontentement, Alex se disait qu’il avait été ce garçon là, mais qu’aujourd’hui cela faisait partie de son passé. Après des années, il devint un citoyen exemplaire, dont ses proches et sa patrie étaient fiers. Alex qui voulait tout casser avant, eut le souci permanent de laisser à la génération future, un ouvrage à améliorer ou à terminer. Bravo Alex, tu es une personne importante. Tu as bien réfléchi quand tu as décidé d’aider les autres, au lieu de les détruire.

 

  • Auteur : Rmili Fatiha
  • Date de parution : 03/11/2017
  • Thème : Le civisme.
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Updated: 22/08/2018 — 23:51

3 Commentaires

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  1. Il ne faut pas culpabiliser ces jeunes. La responsabilité est partagée. Certes, il faut les accompagner et il faut qu’ ils écoutent pour qu’ils s’en sortent indem. Parfois les parents sont dépassés ! L’éducation commence dès la naissance… Pour les parents qui passent par des moments difficiles. .. Il faut étudier cas par cas.
    Merci pour cette écriture 😀

    France

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  2. Malheureusement les jeunes d’aujourd’hui sont perdus. Le sport, les compétitions, l’humanitaire peuvent aider les adolescents à passer cette étape de la vie sans dérailler.

    France

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  3. Un sujet d’une très grande importance. Il y a des jeunes qui vont à la délinquance d’eux mêmes, mais il y a aussi des jeunes qui vivent dans des conditions qui les poussent malheureusement à emprunter cette voie. Belle lecture

    France

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